L'architecture est l'art qui implique le plus grand nombre. Il concerne tout le monde d'ailleurs. Que ce soit l'Africain dans sa maison de pisé du sud du Sahel, le gamin dans sa cabane dans les arbres ou le bureaucrate new-yorkais au cœur de son gratte-ciel. Mais c'est aussi l'art auquel on porte le moins d'attention, sauf quand surgissent des propositions qui sortent de l'attendu. Il devient alors vite le plus controversé.

De cette Matière d'art, le Centre culturel suisse de Paris, par le biais de Jacques Lucan, a fait une exposition assortie d'une publication. Elle donne en fait un aperçu de l'architecture contemporaine en Suisse, à travers une quinzaine de projets. Le Temps en a parlé dans son supplément Habiter du 14 mai 2001. Mais comme la présentation est itinérante, la Fondation Braillard Architectes en profite pour la présenter à la Salle Crosnier du Palais de l'Athénée, bâtiment où elle-même a son siège. C'est une manière d'ouvrir un débat sur l'architecture. La Fondation l'assortit d'ailleurs d'un autre thème de réflexion, plus régional, puisqu'elle propose les résultats de trois études pour une réhabilitation de la station supérieure du téléphérique du Salève.

L'exposition Matière d'art est surtout didactique. Elle n'est pas folichonne dans sa présentation. Mais elle a l'avantage, dans son préambule (petite salle, où l'on peut également voir des vidéos sur Herzog et de Meuron, sur la Tate Modern ou le projet Vrin de Christoph Schaub) de rappeler comment les architectes jouent avec quelques contraintes de base (la logique des plans ou l'image de la façade). Dans sa partie plus illustrative (grande salle), elle propose des panneaux sur toile montrant des photographies de réalisations, accompagnées de brèves explications. Ce sont aussi bien des villas que des bâtiments locatifs ou des constructions communautaires. Ou un ouvrage d'art, magnifique comme la passerelle suspendue que Jürg Conzett a construite à Saransuns dans les Grisons. On dirait ses dalles de granit soutenues par ses propres barrières. Six maquettes complètent la présentation. Ces réductions sont fascinantes car elles facilitent aussi bien la vision synthétique du «geste» architectural (la manière d'Annette Gigon et Mike Guyer de scander la bâti de leur Musée Liner, Appenzell) qu'un détail (maquette d'étude pour les vitrages de leur toiture en sheds). Elles permettent de lire le parcours en ruban de Möbius que suit le visiteur dans le musée de Vaduz. Ou révèlent, dans le projet de Devanthéry & Lamunière pour la bibliothèque Edouard Fleuret à Dorigny, comment ce bâtiment a l'air de flotter, posé sur quatre lames verticales, grâce à de profonds ancrages.

Plus régionalement, on le sait, le téléphérique du Salève connaît des difficultés financières, et le projet de Maurice Braillard pour la station supérieure aurait besoin d'être réhabilité. Aussi la Fondation Braillard Architectes, qui tient à jouer un rôle de «poil à gratter transfrontalier», selon la formule de Bruno Vayssière, son directeur, présente-t-elle trois propositions émanant de bureaux d'architectes invités à un débat d'idées.

Spécialiste des monuments, le Turinois Andrea Bruno considère que des téléphériques comme celui du Salève ont fait leur temps. En conséquence, il le supprime, et substitue au câble un rayon laser. Au contraire, le Savoyard Richard Plottier cherche à lui redonner vie et pense que seul un projet fédérateur peut ranimer le site. Il verrait bien la station supérieure devenir un observatoire de la nature. Quant aux architectes genevois Devanthéry et Lamunière, ils retrouvent à travers leurs propres goûts, celui du rationalisme et de l'épure de Maurice Braillard. Ils proposent donc de revenir au dépouillement initial en se débarrassant des ajouts greffés, et d'accentuer le prolongement et la linéarité du bâtiment. De sorte à constituer une passerelle unissant la vue sur le bassin lémanique et sur le massif du Mont-Blanc. Cette idée d'un pont jeté entre régions, visions et cultures, La Bâtie-Festival de Genève la reprend à son compte en y organisant (début septembre, http://www.batie.ch) des performances, des expositions et des visites guidées des installations.

Matière d'art et Téléphérique du Salève.

Salle Crosnier du Palais de l'Athénée, rue de l'Athénée 2. Lu-sa 14-18 h. Jusqu'au 30 août.