«Je vous en parle volontiers, même si mes influences sont plutôt du côté de Duke Ellington, Count Basie ou Cole Porter, parce que lui c'est une perte immense. Ray Charles, je l'ai connu chez vous, à Montreux. On a aussi chanté un duo pour les Victoires de la musique. Comme je parle mal l'anglais, je n'osais pas chanter une de ses chansons. Ray m'a dit: «Pas de problème, prenons une des tiennes!» J'ai entonné «Le blues du dentiste», de Boris Vian, et lui a improvisé immédiatement. Magistral.

Ray Charles n'a pas été suivi à la mesure de son mérite. Il fait partie, comme Miles, comme Armstrong, de ces musiciens tellement grands, tellement en avance sur tout le reste, que leurs influences sont difficiles à mesurer. Tout le monde le connaît comme homme de scène, mais peu savent à quel point il était un compositeur phénoménal. Curieusement, il aimait mieux jouer la musique des autres que la sienne. Il m'a envoyé ses compositions une ou deux fois, c'était magnifique.

Dans ses premières chansons, il utilisait un langage codé. Pour faire passer des messages sur la souffrance du peuple noir, qui ne s'adressait qu'à eux. Il a été exceptionnel par la force de son message, sa puissance musicale et son interprétation. Un style à lui, c'est tout. Qui avait ses racines dans le gospel.

Un jour, il m'a dit: «Moi, je suis aveugle et musicien. Ma vie c'est visiter des hôtels, donner des concerts et faire l'amour.» Il était très porté sur la chose. Il avait un humour merveilleux, noir forcément. Il était très simple et bon vivant.»