«Oui, je suis soulagé, heureux que l'Irak soit débarrassé d'une dictature implacable où, depuis longtemps, la vie n'avait plus aucun sens. La guerre a fait son œuvre, laissant derrière elle sa cohorte de deuils, de destructions et de monstruosités contre l'esprit. Aussi difficile à admettre que ce soit, nous sommes désormais devant le fait accompli: la situation du pays se présente sous un jour nouveau, et construire une société fondée sur la laïcité, le multiculturalisme et le respect de tous est le seul dessein qui vaille.

»Je rêve d'un Irak démocratique, libre et indépendant dans ses frontières. Pour qu'un jour la réalité ait une chance de flirter avec cette utopie, il est impératif que l'ensemble de la société irakienne ne compte que sur elle-même, retrousse ses manches et travaille avant tout à la remise en route du pays. Ce mouvement ne peut avoir une quelconque réussite que relayé par la communauté des hommes. Ce n'est qu'avec cet appui que la liberté, proclamée à coups de canons par les Américains, pourra revêtir d'autres habits que les défroques des guerriers et l'équipage des cambrioleurs.

»Les intellectuels, ces jours-ci, ne peuvent, me semble-t-il, jouer le rôle qui doit être le leur: être la conscience critique voire sacrilège de leur temps. L'urgence est ailleurs, et tous doivent tremper les mains dans le cambouis.

»Pour que les intellectuels irakiens soient un jour crédibles pour leur société et le monde, il leur faudra en finir avec leurs prétentions arabistes; il leur faudra apprivoiser la liberté de l'esprit pour qu'ils cessent d'être ces mercenaires toujours prêts à chevaucher la crête des vagues, ces bateleurs de foire, ces funambules du religieux, du culturel et du social.

»Tolérance et respect des cultures sont les impératifs du jour, tant il est vrai que ce n'est que dans un pays retrouvé que la créativité et l'intelligence s'éveilleront.»