Mais que se passe-t-il au Schauspielhaus de Zurich? Adulé par l'intelligentsia théâtrale européenne, le Zurichois Christoph Marthaler, patron de la plus grande scène de Suisse depuis 1999, subit coup de tabac sur coup de tabac. Au point que l'artiste, entouré de Peter Nobel, président du conseil d'administration de l'institution, et de Josef Estermann, maire de la ville, a tenu une conférence de presse de mise au point jeudi. Il n'avait d'ailleurs pas le choix, tant les voies d'eau se sont multipliées sur son vaisseau ces derniers mois: le nombre d'abonnés a chuté de 35% depuis la fin de la saison passée (il y aurait environ 5000 abonnements aujourd'hui) et une partie du public traditionnel, lassé, à ce qu'on dit, par les multiples reports de premières la saison passée, fuit le tout nouveau Schiffbau et la seconde salle, le Pfauen.

Conséquence de ce désamour: deux mois après le lancement de la nouvelle saison, le théâtre doit affronter un déficit d'un million, qui, si aucune mesure n'est prise, pourrait passer à 3,5 millions au mois de juin prochain. Pour arranger le tout, le directeur administratif Marcel Müller a décidé de se retirer à la fin de la saison.

La quadrature du cercle

C'est peu dire, si Christoph Marthaler, grâce à qui le Schauspielhaus a été désigné «théâtre de l'année», est dans la tourmente. Risque-t-il pour autant de passer par-dessus bord? «Non!» C'est du moins ce qu'a affirmé jeudi Peter Nobel. Comment résoudre alors cette sempiternelle quadrature du cercle consistant, comme le soulignait la Neue Zürcher Zeitung de vendredi, à préserver rayonnement international et puissance de créativité tout en conquérant une population qui ne se retrouve pas forcément dans les options actuelles? «Pour séduire les spectateurs, nous voulons mieux communiquer et relancer la campagne publicitaire», explique Barbara Higgs, responsable des relations avec la presse. Le patron du Schauspielhaus sera d'ailleurs désormais épaulé par des professionnels du marketing.

Christoph Marthaler ne devrait donc pas lâcher prise de sitôt. Il évoque d'ailleurs le cas de Werner Düggelin, directeur à Bâle dans les années 60, qui dut aussi batailler pour gagner le cœur de la population. Et s'il n'y parvient pas, nul doute que d'autres se précipiteront pour lui offrir l'hospitalité. Une observatrice avertie rapporte cette anecdote: «Il y a quelques mois, une critique allemande célèbre m'a dit: «Si vous ne voulez pas de Marthaler à Zurich, rendez-le nous au plus vite!»