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«Le Temps», pour l'amour du graphisme

Bombons le torse: «Le Temps» vient de recevoir neuf prix de l'European Newspaper Award, qui promeut le beau graphisme dans les journaux

Une «une» qui claque, avec un format inhabituel qui célèbre un événement hors du commun: ils sont à la manœuvre. Une double page bourrée d’informations et de chiffres mais finalement très digeste et que vous dégustez à petites bouchées: c’est encore grâce à eux. Un numéro spécial soutenu par une mise en page et une allure qui décoiffent: là encore, ils sont dans les coulisses, créant des lignes de force, équilibrant les blancs, rétrécissant des colonnes, allongeant un titre: eux, ce sont les graphistes du Temps, au cœur de l’identité visuelle de notre titre. L’European Newspaper Award, qui encourage les échanges d’informations sur les concepts et réalisations graphiques dans les médias imprimés et en ligne de toute l’Europe, vient de leur décerner neuf prix (dans 20 catégories), signe de la qualité de leur travail. 

Les photographes et les chefs d’édition à bord

Sollicitée pour émettre un premier commentaire de contentement, imagine-t-on, notre graphiste Clémence Anex se récrie pourtant aussitôt: «Ce n’est pas l’œuvre que de graphistes, c’est un travail collectif mené avec les chefs d’édition et le service Iconographie!» Au-delà du travail journalistique proprement dit, une belle page repose en effet sur trois pieds: des titres qui allèchent sans dévoiler, des images qui enrichissent sans paraphraser et une mise en page aérée, forte, et rythmée, qui donne envie de plonger dans des articles parfois longs de dizaines de milliers de signes. Un design réussi doit à la fois se voir et être invisible, faciliter la lecture, tout en se distinguant. Une gageure.

Parmi les pages récompensées, on note la une sobre et dramatique de notre numéro spécial consacré à l’urgence climatique, ou celle consacrée à Jacques Chirac, la force de la page reposant sur la photo inhabituellement grande et sur l’absence de titre, exceptionnelle. Les deux «une» consacrées à la grève des femmes ont aussi été remarquées: la première est pleine de l’énergie apportée par un plongeoir métaphorique; la seconde avait le 14 juin été saluée dans toute l’Europe, avec ses blancs matérialisant les articles qui auraient été écrits par des journalistes femmes si elles n’avaient pas été en grève. Une page de photos en tension pour faire surgir de l’oubli le conflit au Yémen, une autre consacrée au glacier du Rhône qui se meurt: chaque page est le résultat de plusieurs heures de cogitation et d’essais à plusieurs. Les écrins aussi sont longs à ciseler.

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