«Vivre étonne» mais mourir n'est pas simple non plus à en croire les cinq textes qui composent ce petit recueil, véritable résumé de l'art poétique de Claude Darbellay. Elliptiques, cruelles et souvent infiniment tristes dans leur brièveté ironique, ces nouvelles dessinent des destinées ordinaires qu'une touche de fantastique traverse par instants. Un policier se voit adresser des cadavres numérotés dont la succession inexplicable n'augure rien de bon. Un enfant tombé d'on ne sait où incarne le fantôme maltraité d'un disparu. L'auteur capte le dernier souffle de celle qui a vécu un demi-siècle dans un poumon d'acier. Et l'amant évanescent trouve un jour porte close. Quant au vieux père à qui son fils est venu dire adieu sur son lit de mort, il s'impatiente: «Combien de personnes est-ce que je dois encore voir?» Dans sa postface, Jean Kaempfer évoque la «froideur clinique» de ces textes qui permet quand même, par éclairs, d'envisager un monde plus amical et d'entrevoir le versant romantique de cet auteur qui fut «poseur de faux plafonds» et «monteur de parois mobiles».