Jacques Chessex. Sosie d'un saint. Livre de poche, 224 p.

Jacques Chessex est un maître de la forme courte en prose, chroniques, morceaux ou nouvelles. Sosie d'un saint, son troisième recueil paru chez Grasset en 2000, fait suite au Séjour des morts (1977) et à Où vont mourir les oiseaux (1980). Dans ces quinze amples nouvelles, on retrouve, outre la folie, le sexe, la sainteté dévoyée, le thème obsessionnel de la mort violente, donnée, rêvée, choisie ou subie, même si le narrateur-rôdeur-voyeur qui hante la plupart des récits s'ingénie à brouiller les pistes de la culpabilité.

La cinquantaine de pages de l'emblématique dernière nouvelle, «La Paix des morts», a pour cadre l'ancien cimetière de Territet où sont enterrés ces Anglais que la montagne rendait fous. Son narrateur évoque la mémoire d'Ella, une jeune suicidée qui a sauté dans le vide, à moins qu'il ne s'agisse du crime d'un fou qui lui a fracassé la tête avec un débris de tombe – comment savoir? Dans «Falaise», qui ouvre le recueil, un homme rêve de supprimer sa femme en la poussant d'un rocher. Dans «L'Agneau», un érotomane mystique tète ses victimes avant de les précipiter dans le vide. Dans «Le Survivant», qui se clôt sur un suicide au cyanure, l'infirmière-chef de la clinique Les Mouettes déclare: «Et que cela soit dit une fois pour toutes: c'est moi qui donne la mort dans cette maison.» Enfin, dans «Le Meilleur de ma vie», une vieille femme est défenestrée par un directeur des écoles; à relire aujourd'hui cette nouvelle, on constate qu'il s'agit d'une première esquisse du bref récit autobiographique L'Economie du ciel, paru trois ans plus tard.

Pas plus que les personnes, les lieux n'échappent à la disparition: hôtels, casino, clinique, buffet de gare, jardin, cimetières, tout sombre dans un néant auquel le narrateur du «Pensionnaire» souhaite désespérément survivre, sans trop y croire. Tandis que «L'Illuminé», une des figures récurrentes de Chessex depuis Reste avec nous (1967), sait bien, lui, qu'il est mort et que ses os «se défont sous l'herbe verte».