Daniel Maggetti. La Mort, les anges, la poussière. L'Aire bleue, 148 p.

Quand l'auteur lausannois de L'Invention de la littérature romande se tourne vers la fiction, c'est pour se souvenir de son Tessin natal. Paru comme sa thèse en 1995, La Mort, les anges, la poussière a été commencé quatre ans auparavant, à ce tournant d'une vie qu'est la trentaine. La réédition en poche de ces treize récits offre à Daniel Maggetti l'occasion de préciser dans un avant-propos les circonstances qui l'ont conduit, d'abord fortuitement, puis de manière délibérée, à tenter de pallier par l'écriture le vide, le désarroi, la confrontation à la mort d'êtres proches. D'où le caractère d'«oraison funèbre» de ce livre, né d'un besoin urgent de faire le point sur son identité et ses racines.

Comme dans le récit final qui donne son titre au livre, c'est à l'église que le narrateur se revoit d'abord, enfant, assis aux côtés du saint Christophe barbu qu'est son père ou découvrant le feu de l'enfer et les anges du purgatoire sur un tableau d'autel. Mais le vitriol lui sert autant que l'eau bénite pour peindre toute une galerie de personnages, prêtre dépressif ou tenté par la chair, oncle alcoolique, bâtarde à la voix d'archange… Ils apparaissent tantôt comme des silhouettes, tantôt comme de vrais portraits, tous ces morts aujourd'hui retournés à leur poussière originelle.

En peignant ainsi quelques-uns des «minables héros» de son enfance, le narrateur entend prendre congé de ce petit monde ancien, situé entre Centovalli et Val Maggia, non sans le célébrer une dernière fois avant sa disparition définitive. L'ironique autodérision dont il use n'est rien d'autre, sans doute, que le masque de la pudeur. Car dès le récit d'ouverture, «Un Bouquet de fleurs séchées», s'affirme le pouvoir de ces mots (asphodèle, ellébore) dont le parfum, lui, ne s'évente jamais.