Mike, donc, est amnésique après avoir été renversé par une voiture à la fin de la deuxième saison. Pour sa troisième livrée, la série Desperate Housewives fournit un modèle de narration, d'un classicisme radical. Parce que ses auteurs exploitent un savoir-faire désormais établi.

Cette troisième saison de Desperate Housewives, que la TSR diffuse ces jours avant M6, et après Canal+, était accompagnée d'une rumeur sévère, faisant état d'une chute qualitative. De fait, je ne vois pas en quoi il y a baisse de régime. Au contraire, la série créée par Marc Cherry atteint une certaine plénitude narrative, recourant à toutes les techniques sans inventer, certes, mais en maîtrisant habilement les moyens à disposition, et en capitalisant sur les nouveaux personnages - ce qui explique peut-être la déception de certains amateurs de la première heure.

La saison s'ouvre sur le mystère entourant l'ex-épouse d'Orson Hodge (Kyle MacLachlan), Alma, supposée avoir été assassinée par Orson. En parallèle, Mike (James Denton) est d'abord dans le coma avant de se réveiller, avec un sérieux problème de mémoire: il ne se souvient pas des deux années écoulées.

Les spectateurs sont ainsi embarqués dans un arc narratif, une sous-intrigue qui se déploie sur plusieurs épisodes, ce qui est exactement le cas de l'histoire d'Alma et son présumé assassinat par son mari. Les auteurs de Desperate Housewives dominent leur sujet au point d'étirer cette question sur la moitié de la troisième saison, en mobilisant toutes les figures de Wisteria Lane, Bree (nouvelle épouse d'Orson), Lynette, Gabrielle et Susan.

De surcroît, l'amnésie de Mike permet de revenir sur les deux premières saisons du feuilleton, et d'en exploiter les recoins les plus inusités. Avec maestria, Desperate Housewives constitue un genre de montre suisse des séries, à la mécanique infaillible.