Le sujet, bien sûr, a son potentiel sulfureux. Le vendredi soir, M6 s'émoustille avec Journal intime d'une call-girl, série anglaise due à Lucy Prebble, qui adapte un ouvrage d'une auteure au pseudonyme évident, Belle de jour. Populaire outre-Manche, une troisième saison étant commandée, le feuilleton raconte par le menu les jours et les nuits d'Anna, nom de travail Belle. Ce Journal... (The secret diary of a call-girl) repose sur la narration d'Anna (Billie Piper), qui expose ses stratégies et ses astuces, elle qui dit «aimer l'argent et le sexe».

C'est donc cru. De prime abord, le feuilleton offre une découverte nocturne de Londres, cité centrale dans la géographie du personnage d'Anna, laquelle apprécie «son égoïsme, son absence de solidarité, son anonymat». On glane parfois une bonne idée de scénario, ainsi dans un épisode qui détaille une nuit d'Anna à l'hôtel, l'une de ses règles étant de «ne jamais s'endormir avec le client».

Mais au fil des épisodes, la balade urbaine et les quelques pistes ouvertes se figent. On mesure mal l'intérêt réel de cet étalage de plaisirs tarifés.

En fait, l'allusion, à travers l'œuvre originale, au film de Luis Buñuel - qui adaptait Joseph Kessel - n'est pas à l'avantage du feuilleton TV. «Je subis ce qui se passe, tout arrive malgré moi», lançait Catherine Deneuve chez Buñuel, dans une exploration éthérée des recoins de la pulsion, de la poursuite et de l'absence à la fois du désir. Journal intime d'une call-girl, lui, relève plutôt du mode d'emploi Ikea, rationnel et incompréhensible à la fois, exposition trop verbale du monde souterrain des passions, étalage d'une méthode professionnelle par ses composantes les plus prosaïques. Buñuel traquait le non-dit, Lucy Prebble parle trop. Au point que l'on préférerait entendre les clients d'Anna, les suivre dans leur errance, plonger dans leur solitude. Alors qu'ils sont ramenés à constituer la petite curiosité de chaque épisode.

La fiction anglaise vit un nouveau boom, nous y reviendrons bientôt. Comme dans toute période de surchauffe créatrice, il se trouve toujours une production pour pousser les critères plus loin, juste par souci de démarquer le produit face à ses compétiteurs. En somme, on se contente de l'audace, sans le propos.