«Au champ de bataille, au moins, on respectait la trêve de Noël. Je sens que ce ne sera pas le cas dans cette maison», lance ce militaire droit dans ses bottes face à sa femme, sa bonne récalcitrante et ses deux filles, dont l'une est communiste.

Il n'y aura donc pas de pause de Noël dans Le Réveillon des bonnes. TSR1 a commencé la diffusion de cette mini-série en huit épisodes, que France 3 met à l'antenne dès jeudi prochain. Le feuilleton est une coproduction de la chaîne française et de la RTBF. Prometteurs, les deux premiers chapitres détaillent la situation, quelques semaines après l'armistice de 1918, époque des retours incertains des hommes au foyer - et pour ceux qui y reviennent, la confrontation avec des femmes ayant appris à vivre sans eux.

D'un étage à l'autre de la maison qui lui sert de microcosme, cette fiction présente une galerie de servantes aux profils divers, qui dans l'attente maladive du maître, qui en rébellion contre ses maîtres, qui passée reine dans l'art de la stratégie familiale ou sentimentale.

Les figures bourgeoises sont aussi dominées par des femmes, celle qui espionne tout ce petit monde du haut de son lit, celle qui rêve de mariage, celle qui affiche une grossesse feinte. Car, en sus, s'ajoutent les secrets de la période de guerre, les enfantements honteux ou les calculs, pas moins coupables, sur le non-retour du mari...

C'est la subtilité joyeuse du propos de cette saga de Noël, due à Jean-Luc Seigle. Après la boucherie des tranchées, la guerre à la maison, en somme. Le bouleversement des équilibres sociaux, aussi, avec le fils d'une bonne qui veut épouser la fille du patron, contre l'avis conservateur de sa mère. Ou la rebelle serviteuse du général évoquée plus haut, qui pose brutalement la soupière sur la table en criant: «Pas envie de servir!»

Le Réveillon des bonnes séduit par cette tonalité au service de l'évocation d'une période restant, après tout, particulièrement sombre. La joie de la fin de la guerre, mais aussi le décompte des morts et les privations en tous genres.

On n'est pas encore dans le bref flamboiement des Années folles, avant que l'obscurité ne s'abatte à nouveau sur l'Europe. On est à cette période charnière, mais discrète, où les femmes ont, sans coup férir, fait un peu évoluer leur place dans la société. Grâce à ses gouvernantes lentement en révolte, la fiction de France 3 et de la RTBF enchante avec sérieux.