Il n'y a pas que les places financières à subir la tempête. Dans un registre certes moins grave - mais c'est aussi une industrie chamboulée -, le paysage des séries essuie les bourrasques, aux Etats-Unis comme en France. Après quelques années de règne sans partage sur l'audimat, les fictions diffusées par les réseaux américains cette rentrée connaissent quelques déconvenues spectaculaires. Selon les données compilées par le site serieslive.com, des poids lourds n'ont toujours pas de souci à se faire. Les Experts, quelle que soit la déclinaison, ainsi que NCIS et Esprits Criminels permettent toujours à leurs diffuseurs, en particulier CBS, de garder la tête haute. Dans la comédie, How I met your mother résiste.

Mais certaines nouveautés propulsées avec un bruissement marketing soigné inquiètent. En particulier Fringe, la nouvelle création de J. J. Abrams (Alias, Lost), qui obtient des scores médiocres, quoique en légère progression. Pour sa deuxième saison, Life ne décroche pas la timbale. Knight Rider, remake de la série automobile, bien désuète, K 2000 (1982-1986), prend des coups sur les pare-chocs à peine mise à l'antenne. Une variante de Terminator s'écroule, et même des valeurs apparemment sûres telles que Heroes et Prison Break sont en petite forme - la fiction carcérale verrait même sa survie menacée. En France, M6 est chahutée sur ses cases après avoir échoué à maintenir un feuilleton quotidien. TF1 joue son va-tout avec le sien, Seconde Chance, lancé cette semaine.

Ces tourmentes de chiffres n'équivalent pas à une baisse générale de l'assiduité des amateurs de séries. Elles traduisent plutôt le durcissement de la concurrence, avec des chaînes du câble, outre-Atlantique, ou de la TNT, dans l'Hexagone, qui ne cessent de gagner des adeptes. Sans parler du DVD, stable mais dont la part de marché due aux séries augmente, ni du piratage.

Il y a tout de même quelques bonnes nouvelles. Par exemple lorsque l'on suit la dégringolade, chaque vendredi soir, de «Star Academy» (TF1) face à la sympathique NCIS (M6). Non que les sériephiles devraient réclamer la tête d'un autre genre télévisuel. Mais la télé-réalité a fait suffisamment de mal aux séries, lorsque les directeurs des programmes s'enflammaient pour ces émissions en leur réservant des traitements de faveur tout en massacrant la diffusion des feuilletons. En ces temps agités, une petite dose d'esprit revanchard se justifie.