Deux cent quatre-vingt-huit millions de francs! A l'heure où nous bouclons, j'ignore si je suis multimillionnaire. Ou si, comme d'innombrables Européens, je me suis fait mon petit frisson du vendredi soir avec le compte de fées de l'Euro Millions.

Earl, lui, a gagné à la loterie. 100000 dollars, ce n'est pas les sommes de l'eurofantasme, mais quand même. Earl a gratté la carte gagnante, a fait sa plus belle tête d'ahuri, il est sorti dans la rue en sautant de joie et il s'est fait renverser par une voiture. Perdant son billet de loterie. La poisse.

Earl (My Name is Earl) est la sympathique série diffusée le dimanche après-midi sur TSR1. Earl J. Hickey est une petite frappe à la moustache tombante et aux jeans élimés. Son frère Randy, vaguement attardé, un gros gars cœur sur la main, laquelle colle à cause des friandises dont il s'empiffre. Earl s'embrouille avec son ex-femme hystérique, Joy. Il y a encore Catalina, la femme de chambre du motel où le héros et son frère végètent, qui les accompagne dans une relation faite de platonisme et de chips.

A l'hôpital, après son accident, Earl voit à la télé un gourou qui raconte son «karma»: il faut faire le bien autour de soi pour que de bonnes choses nous arrivent. «Karma! C'était donc ça! Le sens de la vie coulait de la bouche de ce type pour couler dans mon cerveau déjà imbibé de morphine», confesse Earl, qui appliquera cette philosophie à deux balles. Dans chaque épisode, il essayera de rattraper une mauvaise action commise par le passé. Le destin confirme son «karma» en lui rendant le billet gagnant par un coup de vent miraculeux. Earl dresse donc la liste de ses victimes: son souffre-douleur à l'école, cette unijambiste à qui il a volé sa voiture, ce joueur de golf qu'il arnaquait en truquant ses parcours afin de se faire offrir des bières... Obtenir ces petites rédemptions devient une obsession dans laquelle il entraîne tout son petit monde. Les auteurs jouent ainsi du contraste entre le caractère approximatif du personnage, le coup de chance de la loterie, et l'idée fixe couchée sur le papier.

Petite comédie sans grande prétention due à Greg Garcia pour NBC, Earl croque une tranche d'humanité de l'Amérique d'en bas, une galerie de dadais à l'existence foireuse, proche de l'univers des frères Coen. Une série martyrisée - une de plus - par son doublage français, qui affadit considérablement le propos, rendant le ton bien trop lisse. On se rattrapera sur le DVD, d'autant que notre Earl a de la réserve: à ce jour, sa liste compte 260 missions.