J'ai ma carte AVS, mon numéro de caisse maladie, ma feuille de paie, mes cartes de fidélité. J'ai mon code-barres lorsque je vote ou quand j'achète une salade au supermarché, j'ai les cryptogrammes de ma carte de crédit. Après ma mort, mon dossier des pompes funèbres sera sans doute chiffré.

Les chiffres, voici l'idée épatante de Numb3rs, dont la première saison est montrée sur M6 le vendredi soir. Aux Etats-Unis, une troisième livraison est commandée. Numb3rs raconte les enquêtes de Don Eppes (Rob Morrow), inspecteur au FBI, dont le frère Charlie (David Krumholtz) est un surdoué en mathématiques. Ou quand les chiffres sont appliqués aux tueurs en série, aux voleurs ou aux saboteurs de trains. S'enlisant dans une investigation, Don fait appel à Charlie, qui modélise son problème avec l'aide de son mentor Larry (Peter MacNicol, de retour jouissif après Ally McBeal).

Numb3rs reste engainée dans le schéma d'une série policière. Mais cette série créée par Nicolas Fallacci et Cherryl Heuton, produite par Ridley et Tony Scott - tiens, deux frères -, prouve pourtant son intelligence.

Souvent apparentée aux Experts, elle dépasse le propos des légistes de Las Vegas. Alors que ceux-ci enquêtent en démontrant la puissance de leur technique et de leurs appareils, Numb3rs remet la science à sa place. Sa puissance y est valorisée autant que limitée.

Un bel épisode montre Charlie aux prises avec un chercheur qui a tué son patron car celui-ci mettait au point un algorithme permettant de cibler l'aide sociale à ceux qui, «mathématiquement», auraient leur chance dans la vie. Le tueur compare de telles théories à l'eugénisme nazi. Idée douteuse pour garnir le scénario, mais vrai débat sur l'application inflationniste de la science, de la santé aux assassinats de masse. Sans jamais en avoir l'air, Numb3rs atteint le cœur de notre société.