C'est le versant sombre, en façade maritime, de Bienvenue chez les Ch'tis. Alors que le film de Dany Boon ne décolle pas de l'affiche, et ne cesse de s'envoler dans les statistiques des entrées au cinéma, Les Oubliées, sortie en DVD, plante son histoire, noire, dans ce même plat pays. Quoique du côté des dunes. La région Nord-Pas-de-Calais a d'ailleurs soutenu aussi bien la comédie triomphale que la mini-série policière. Celle-ci a été montrée par France 3, qui la coproduit, ainsi que la TSR. Elle avait bénéficié d'une bonne audience.

Créée et réalisée par Hervé Hadmar en 2006, Les Oubliées suit l'obsession de Christian Janvier, un gendarme chargé de l'enquête sur les disparitions de six jeunes filles, blondes, depuis quinze ans. Investigation qui piétine faute d'indices, de pistes crédibles, et même des corps des victimes. Un suspect est bien arrêté, mais tout indique qu'il n'est pas responsable de la plupart de ces crimes. L'explication la plus plausible est qu'il aurait imité, une fois, le véritable meurtrier.

Schéma classique, et ce feuilleton en six parties commence par inquiéter son public par une réalisation abusant sans grande pertinence de la caméra à l'épaule. Les dialogues penchent parfois vers une facilité bien connue dans l'écriture hexagonale. Mais l'enquête s'épaissit peu à peu en raison de la personnalité troublante de l'adjudant, qui semble perdre les pédales.

Lors de la diffusion de la mini-série, nombreux sont ceux qui ont vanté l'interprétation de Jacques Gamblin dans le personnage de Janvier. Je n'en rajouterai pas, son jeu se révèle effectivement époustouflant.

La fixation de Janvier sur les disparues contraste avec son propre dérapage, dans un jeu trouble entre la rigueur de l'enquête et la déliquescence individuelle. Cette dérive du personnage, victime de sérieux troubles de la mémoire, en fait une figure sans doute inoubliable de la fiction TV récente.

Nous sommes bien dans le Nord. Pas dans sa campagne des Ch'tis, mais dans les villes aux rues iodées. Et puis, il y a même une scène devant la baraque à frites, institution locale. On est certes loin de la poste de Bergues, plus près de Dunkerke ou de Boulogne-sur-Mer que de Lens. C'est pourtant le Nord, un peu plus au Nord. Plus froid peut-être. Mais qui mérite autant d'attention que celui de Dany Boon.