Culture

Le temps des séries TV. La fraîcheur Heidi

Il y avait des raisons de trembler à l'annonce d'une nouvelle version TV

Il y avait des raisons de trembler à l'annonce d'une nouvelle version TV de Heidi. Les citadins redoutaient une avalanche de poncifs des cimes. Les puristes en restaient à Johanna Spyri, ou à l'adaptation TV germano-suisse de 1978. Les blasés se demandaient à quoi bon.

Vingt-six épisodes plus tard, après la diffusion des derniers volets samedi dernier, bien avant une sortie DVD prévue pour les Fêtes, admettons que les peurs ont été balayées. Due à France 2, à la TSR ainsi qu'à Dune et à Rita Productions, la nouvelle mouture a convaincu par-delà son caractère de gentille série familiale, ou pour préados. En dépit de quelques insistances dans l'écriture, elle a offert un divertissement aussi velouté que malin.

Malin, par le choix initial d'inverser la démarche du roman original, en faisant d'emblée descendre Heidi de ses monts pour affronter la ville, ses crasses et ses promesses. Le personnage de Heidi, entière comme un roc, devient révélateur chimique de son entourage, des rêves oubliés, des parts d'ombre. Tenu, ce schéma a aussi permis une belle évolution de Heidi elle-même, de la bergère farouche à la meneuse. Dans la fiction estampillée jeunesse, c'est sans doute la figure la plus attachante proposée ces dernières années. Au point qu'elle est parvenue à surmonter la plus grande crainte que l'on pouvait nourrir, celle d'une utilisation romanesque, idéaliste, disons franchement stupide, de la montagne comme sanctuaire d'une pureté révolue. La Dent Blanche en temple de la blancheur de l'âme. Depuis Ramuz, au moins, on ne peut plus se montrer aussi niais. Avec l'imbrication progressive des intrigues de la ville et des soucis des hauteurs, Heidi a évité le piège manichéen que lui tendait son propre postulat.

Velouté, bien sûr, par la fraîcheur de son interprète. Joli choix de distribution que d'avoir retenu Elodie Bollée pour le rôle-titre, juste incarnation de la sincère Heidi. Le caractère apparent de l'actrice a fini par contaminer l'œuvre. Il y a, dans le ton de cette Heidi 2008, une authenticité sentimentale, une fraîcheur du propos qui a pu confiner à la naïveté parfois, à la bêtise jamais. L'escouade d'auteurs a rédigé sans prendre son public pour un troupeau de chevreaux, ce qui reste rare dans la fiction TV visant le jeune public. On attendra sans peur une deuxième saison, en projet.

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