Culture

Le temps des séries TV. Notre illustre Silvant

Le temps des séries TV.

Ses amis, au sens large - car tout montre qu'il avait l'amitié large - rendront hommage à François Silvant ce samedi à Lausanne. Jeudi dernier 14 juin, l'humoriste laissait le petit écran un peu plus vide qu'il ne l'avait trouvé.

Je n'ai jamais parlé ici de François Silvant. Je voulais y venir dès que l'actualité des séries me laisserait un répit, pour évoquer la sortie en DVD du Petit Silvant illustré. Trop tard.

Alors que je traite d'ordinaire de feuilletons anglo-saxons hystériques, la présence, ici, de madame Pahud et des compères de comptoir peut sembler décalée. Mais la fiction TV n'est pas faite que de Heroes. Au-delà des grosses productions qui élargissent le petit écran, la lucarne fait aussi office de miroir de ses téléspectateurs. Notre miroir, en somme. Avec peu de moyens, juste du talent, la télé peut nous offrir ces moments de rire et de grâce où elle bouscule par l'humour cette identité faite de racines et de mythes, qu'elle s'évertue à nous prouver en montrant les gesticulations des politiques censés nous représenter.

Cet humour régional est d'autant plus sensible quand on parle de minorités dans leur propre pays. Ainsi, les Belges francophones ont eu Manu Thoreau. A la fin des années 1990, celui-ci offrait aux Wallons leur hilarant reflet à travers une émission de prévention routière bidon et bidonnante, Faux Contact. Exemple de la parole de Manu, comme l'appellent toujours de nombreux Belges: «Dans nos villes urbaines, la violence est malencontreusement un phénomène qui ne cesse de recruder auprès de la jeunesse. En effet, près de 85% de la délinquance juvénile est malheureusement causée par des jeunes. C'est pourquoi la brigade a choisi de prendre le problème à bras le coude.»

Madame Pahud aurait sans doute aimé ce propos carré et précis, signe d'une autorité qui s'affirme. Malédiction des humoristes? Manu Thoreau s'abîmait du haut d'une falaise d'Ibiza en 2000, à l'âge de 31 ans.

François Silvant avait la même générosité gouailleuse, et il remplissait le même rôle pour nous autres Romands, éternels provinciaux. Du fond de son Café de la Paix, il apaisait un peu notre douleur de compter si peu, il glorifiait notre petitesse en l'égratignant. Sa satire de bistrot faisait partie de nos balbutiements identitaires à tel point qu'on se demande comment continuer, désormais, sans lui.

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