A priori, on pourrait croire à un triomphe tardif de la libération sexuelle. La déferlante libidineuse qui gagne les séries TV ces dernières années montre un paysage de fiction incandescent, aux hormones en ébullition.

Il y eut l'humour mi-subtil mi-graveleux de Dream On, puis les causeries canailles de Sex and the City, bientôt sur grand écran; maintenant, les tribulations dévergondées de Californication, sans compter la prise de pouvoir gay-lesbien dans Queer as Folk et The L Word ou les outrances éthylico-sexuelles d'Absolutely fabulous: l'esprit des créateurs de séries ne semble pas être tout à fait situé dans leur cerveau.

L'été 1967, et Mai 68 dans la foulée (lire les pages précédentes), auraient-ils eu raison de la fiction TV? Peut-être.

Il est interdit d'interdire dans ces feuilletons. Il est même obligatoire de jouir, tout au moins de chercher sa pitance sensorielle. Une frénésie qui apparaît, dans les exemples américains cités plus hauts - Absolutely fabulous et la première Queer as Folk sont anglaises - au sein d'un environnement puritain, la télévision américaine.

Les néo-soixante-huitards doivent pourtant déchanter. A l'époque, certaines séries ont sans doute apporté leur participation à la libération des mœurs, parfois de manière presque graphique (les garde-robes de Chapeau melon et bottes de cuir), ou par un langage codé, voire crypté, comme l'érotisation masculine dans les Mystères de l'Ouest.

A présent, les motivations de la surenchère sont plus triviales. On parle d'audiences. D'argent. C'est le câble qui a ouvert les vannes de l'étalage intimiste actuel. D'abord, la monolithique HBO, chaîne sur abonnement, devait se singulariser face aux réseaux. Quoi de mieux que le sexe, codifié au centimètre près de soutien-gorge sur les chaînes nationales?

Puis l'édifice HBO a été attaqué par des TV aux dents longues, Showtime (coupable de Californication) et FX. C'est l'escalade sensuelle, il faut redoubler dans l'allusion grivoise ou l'exhibition des corps. HBO tente d'ailleurs de reprendre l'initiative avec Tell me you love me et ses séquences annoncées comme torrides. Quoi qu'il en soit, on est loin de l'esprit du «Summer of Love» et de ses chairs extatiques, sinon à supposer qu'il devait aboutir à cet état de fait, le sexe pâle, vu comme avantage concurrentiel.