Pour le patrimoine des séries TV, la période est faste. Dans la foulée des Incorruptibles (SC du 30.08.08) est parue en DVD Perry Mason. Soit 19 épisodes de la première période de ce feuilleton, lancé sur CBS en septembre 1957, deux ans avant Les Incorruptibles. Cette volée comptera 271 histoires, jusqu'en 1966. Une deuxième fournée, avec un autre acteur, a fait long feu dans les années 1970, tandis que l'interprète original, Raymond Burr, refaisait un tour de piste dès 1985, jusqu'à son décès, huit ans plus tard.

Il existait déjà des séries explorant le milieu de la justice. Avec les policières et les comédies tournées en public, du type sitcom, le genre judiciaire apparaît vite, il forme un pilier de la fiction télévisuelle américaine. Mais, sans conteste, Perry Mason installe quelques principes, et un ton, qui a duré plusieurs décennies. La série est due à Erle Stanley Gardner, d'après ses propres romans, publiés dès les années 1930. Chaque épisode commence avec les malheurs du protagoniste qui occupera notre héros. Il va alors voir ce Perry Mason, brillant avocat, bardé de sa dynamique secrétaire et d'un détective dandy, en flanelle à carreaux, qui collectionne les pièces à conviction. L'histoire aboutira au tribunal, où Perry fait preuve d'un sens marqué de la mise en scène - un procureur lui reproche une fois de «faire encore un de [ses] coups de théâtre tristement célèbres».

L'avocat reste pourtant un défenseur inébranlable de l'appareil judiciaire dans lequel il évolue. Perry Mason obéit à cette confiance institutionnelle très américaine, selon laquelle le système vient toujours à bout des pires crapules, ou des corruptions les plus damnables. Pas vraiment fanfaron, à la vie privée inconnue, incarné par un Raymond Burr bien propre sur lui, Perry Mason s'accorde néanmoins quelques libertés avec la procédure, au nom même des règles, supérieures en droit, du système.

Il y a, dans ce feuilleton presque originel, un impératif d'objectivité qui se retrouve dans la manière d'écrire des auteurs. Les histoires sont narrées avec une précision déconcertante, au point que l'on peut, dans certains cas, n'y rien comprendre, se perdant dans les détails et les relations liant ou repoussant les personnages.

Dès 1990, et avec d'autres fictions, New York District (Law and Order) reprend la structure générale des épisodes, enquête d'abord - ici, par les policiers -, tribunal ensuite. Sauf qu'un réalisme contemporain, ou un pessimisme d'époque, est passé par là. La justice ne se rend plus, elle se négocie, parfois jusqu'à l'échec. Perry ne s'y retrouverait pas, et sa confiance grave nous manque un peu.