Culture

Le temps des séries TV. L'Ouest écorné

Les programmateurs des chaînes de télévision offrent, parfois, des

Les programmateurs des chaînes de télévision offrent, parfois, des surprises déroutantes, tant elles contrastent avec d'autres choix faits par ailleurs. Alors que l'emprise des feuilletons policiers ne cesse de s'accroître, France 3 a soudain glissé la série de western Les Sept Mercenaires dans sa grille, chaque jour dans l'après-midi.

Comme ça. Alors qu'il s'agit d'une fiction de 1998 - donc très vieille, dans l'esprit d'un chef de télé -, et inédite en France. La chaîne publique voulait peut-être contraster avec Derrick, son placide monument de l'après-midi depuis des années, qui précède les mercenaires - lesquels sont suivis par Tintin, c'est dire que la variété la plus ahurissante souffle soudain sur France 3. Ou, motif plus prosaïque, y avait-il une case à boucher, et une série dont on avait les droits sans les avoir utilisés.

Les Sept Mercenaires (The Magnificient Seven) fut lancée par CBS et compte deux saisons. Brutalement interrompue par son diffuseur, la série fut reprise et publiée intégralement en DVD au terme d'une campagne des amateurs. On y voit quelques figures connues du grand écran, dont Ron Perlman (Hellboy), et du petit, comme Eric Close, passé par Taken et actuellement le Martin de FBI: portés disparus.

Ce western raconte une histoire de dérivations multiples: en 1960, John Sturges réalisait le film du même nom, qui était inspiré des Sept Samouraïs, d'Akira Kurosawa. Le film eut quelques suites dans les années 1960 et 1970 avant que, vingt ans plus tard, CBS ne se mette en tête de le refaire, à la mode sérielle.

Soyons clair, ce n'est pas du Sturges. Le feuilleton de 1998 ne manque pas de moyens, mais la réalisation aplatit le propos, lorsqu'elle ne l'alourdit pas. Le registre est consensuel par-dessus tout. Cela n'empêche pas une grande fusillade, dans tous les sens, garnissant chaque épisode. On est dans le Far West, quand même.

Les Sept Mercenaires vaut mieux que sa facture. Les auteurs réussissent à jongler avec les clichés de la conquête de l'or, gueules marquées et longs manteaux noirs, tout en abordant quelques thèmes qui tranchent avec le néoromantisme des duels et du vacher solitaire. La traite des femmes dans l'Ouest, par exemple. Ou les divisions des Blancs face aux tribus indigènes: le pilote de la série rassemble nos mercenaires épars pour défendre un village de Séminoles contre des brutes sudistes. Pour bien marquer la différence, l'un des sept considère le terme de «cow-boy» comme une insulte. Avec trop de prudence, Les Sept Mercenaires écornait, un peu, le mythe, avant qu'il ne soit décapé par les productions ultérieures. Il y a du bon dans les choix incompréhensibles des chaînes de TV.

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