Petits meurtres en famille propose une galerie de voix plutôt originales dans le paysage des feuilletons français. Cette mini-série en quatre épisodes - les deux derniers à venir mardi prochain sur France 2, puis le tout en DVD - repose sur la parole bourrue de Robert Hossein (Simon Le Tescou), le patriarche.

En cette année 1939, celui-ci rassemble ses fils et leur entourage dans son château de Bretagne pour régler une affaire d'héritage. Autour de la mort qui rôde, on entend le timbre précis de Bruno Todeschini, qui interprète Edouard, le fils raisonnable de Simon; et celui, souffle délicat, d'Elsa Zylberstein, sa femme. On se délecte de la parole gutturale de Mathias Mlekuz, ou Antonin, le fils qui s'est lancé en politique; on grince avec les hystéries vocales de Frédérique Bel, sa femme, et on s'envoûte de la tonalité douce de Marie Bunel, la gouvernante, maîtresse d'Antonin. L'on frémit encore du ton grave, posé, de Jean-Marie Winling, ou Monsieur Paul, le majordome amoureux de Louise.

TSR1 a récemment diffusé cette mini-série - en commençant d'ailleurs par le deuxième épisode avant de tout arrêter et reprendre. Car ce cluedo se suit évidemment de bout en bout. Pour ceux qui prendraient en cours - ils auront droit au meilleur chapitre, le troisième -, rappelons que Simon a été assassiné dans son bureau; que Louise, enceinte, a été précipitée en bas d'un escabeau par une Madeleine haineuse; et que la principale servante, Madame Dupré, a été empoisonnée.

Ecrite par Anne Giaferri et Murielle Magellan, réalisée par Edwin Baily, Petits meurtres en famille adapte Le Noël d'Hercule Poirot. Bien qu'elle fasse fi du personnage du détective belge, la série s'accommode avec brio des lois du genre. Le générique, fait de vignettes burlesques, donne le ton. Après les adaptations au cinéma du Mystère de la chambre jaune et sa suite par Bruno Podalydès, les amateurs retrouvent cette même allégresse du crime dans une histoire pourtant terrible. Hélas, les auteurs délaissent leur bonne humeur macabre dans le dernier épisode, fastidieux, se sentant obligés de régler presque chaque situation en redoublant dans le sentimentalisme.

Malgré son affaissement final, cette saga automnale fait bonne figure, en regard des fictions désespérantes que les chaînes infligent en été. Et il reste cette collection de voix inédites. «Est-il vrai, demande la jeune Alix, que quand quelqu'un meurt, c'est sa voix que l'on oublie d'abord?» Sa mère, Edith, répond que «ça dépend». Dans ce huis clos où les tentatives de meurtre s'accumulent, les voix, elles, demeurent.