Culture

Le temps des séries TV. Pas tout à fait perdus

Le temps des séries TV.

Si mes calculs sont justes, et si les producteurs ainsi que la chaîne de TV qui financent la série ne nous jouent pas de mauvais tour, nous avons passé la moitié de l'odyssée Lost. La soirée de jeudi sur TSR1 se terminait par le 18e épisode de la troisième saison. Soit le 67e épisode depuis le début. Puisque les producteurs se sont entendu avec le réseau ABC pour un total de six saisons, dont les trois prochaines seront plus courtes (16 épisodes), nous en sommes donc au 67e chapitre sur un total annoncé de 120.

Voilà pour l'épicerie. A mi-parcours, que dire de l'aventure Lost? Pour le détail, qu'elle a décru en audience sans couler pour autant. Après le raz-de-marée du lancement, la deuxième volée a déçu des amateurs. La troisième, en revanche, rencontre un succès correct sur TSR1 ou TF1.

Surtout, cette hyper-saga estivale - pour les téléspectateurs francophones - confirme ses promesses initiales. En particulier ces temps. Après un démarrage apathique, la troisième saison de Lost, disons depuis le cinquième épisode (amorce de la mort d'Eko), accumule les épisodes brillants, tendus et féconds, esquissant de nombreuses pistes sans encombrer la trame déjà complexe, ou foutraque, du feuilleton. La série capitalise sur une grammaire narrative et audiovisuelle rodée, elle peut donc s'en écarter - pensons à l'étourdissant épisode «Impression de déjà-vu» («Flashes before your Eyes», 3x08), cette semaine sur TF1, dans lequel Desmond fait preuve d'une clairvoyance salvatrice. Soudain, les scénaristes brisent le code du flash-back en glissant des séquences censées se dérouler après l'aventure insulaire, une vertigineuse ouverture dans la temporalité de la série.

Au fond, quoiqu'en disent les grincheux, Lost constitue une passionnante variation sur les balbutiements d'une société imposée, semble-t-il, à partir de rien, sinon le collectif forcé des rescapés. D'abord inquiétant pour ceux qui goûtaient la robinsonnade, le virage négocié avec la deuxième dimension de cette fiction, les relations avec les «Autres», enrichit le propos par une couche «conspirationniste» sans abîmer la donne de base. Et les auteurs ont des ressources: la troisième strate du dispositif, le passé des insulaires et la raison pour laquelle ils se trouvaient dans ce maudit vol Oceanic 815, reste ouverte. De même que sa quatrième dimension, les phénomènes surnaturels de l'île.

Certes, la question la plus populaire à propos de Lost - les auteurs savent-ils où ils vont, ou n'est-ce qu'une gigantesque fumisterie? - figure toujours à l'ordre du jour. Outre le co-créateur J.J. Abrams, les deux maîtres d'œuvre (les showrunners) Damon Lindelof et Carlton Cuse assurent qu'ils connaissent parfaitement le fin mot de leur histoire. A les en croire, leur feuille de route serait plus solide que celle de l'administration Bush pour le Moyen-Orient.

On verra. Mais même si l'aventure devait se terminer en queue de poisson, Lost demeure le plus captivant laboratoire de narration télévisuelle du moment.

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