Les Bougon, donc, n'ont pas eu gain de cause. Les 67 membres de «l'association pour la défense du patronyme Bougon», qui attaquaient M6 pour une série lancée lundi, ont échoué dans leur tentative de préserver la pureté de leur nom (LT du 11.10.08).

Les Bougon adapte une série québécoise basée sur une famille de petites frappes jamais en manque d'idées lorsqu'il s'agit d'arnaquer l'aide sociale. On devine le potentiel caustique de la série, surtout que les auteurs des trois saisons originales, au Québec, s'en sont donnés à cœur joie dans le politiquement incorrect. Du coup, les vrais Bougon de France craignent le pire.

Le Tribunal de Nanterre, qui statuait, a d'abord évoqué des questions formelles. Il a en outre jugé que les documents présentés, notamment des extraits, «n'établissent pas l'existence d'un dommage imminent qu'il conviendrait de prévenir».

Pour l'amateur de séries, cette micro-polémique laisse songeur. Bien sûr, elle repose sur quelques faits de société souvent évoqués, notamment le recours toujours plus frénétique à la justice pour régler la moindre broutille. Les plaintes portant sur des autobiographies, ou des romans inspirés par des personnages réels, ne se comptent plus. La notion de vie privée est malaxée à l'infini, avec élasticité par les médias, en resserrant les mailles par ces célébrités qui profitent pourtant du système. Et des anonymes dégainent dès qu'ils se retrouvent sur une photo publiée.

Il est un peu tôt pour juger de la version hexagonale des Bougon, mais on peut s'interroger: les vrais Bougon auraient-ils attaqué de cette manière s'il s'était agi d'une œuvre unique, un film ou un livre, plutôt que d'une fiction sérielle? En premier lieu, ce qui a effrayé les porteurs de ce patronyme réside bien sûr dans le ton féroce du modèle québécois. Mais en plus, il est question d'une série, avec 10 épisodes au moins - et M6 a déjà une option pour une nouvelle fournée. Un feuilleton, par nature, est récurrent, il revient tous les sept jours, insistant sur les personnages, soulignant de manière toujours marquée leurs qualités ou leurs défauts. Il enfonce le clou chaque semaine, en somme. C'est, aussi, cette dimension de longue durée qui a horrifié les 67 plaignants.

Toutefois, les pontes de M6 pourraient faire le travail à la place de la justice. En termes d'audience, et malgré le battage, la première soirée des Bougon a été timide. Si l'assiduité du public, déjà modeste, baissait encore, nul doute que la chaîne n'aurait aucun scrupule. Rendant justice, de facto, aux honorables Bougon.