J'ai beau être très amateur de séries, je comprends mal l'engouement médiatique - hormis les critiques de cinéma... - pour l'adaptation de Sex and the City. Un feuilleton pétillant, qui nous offrit de belles heures de sentimentalité grinçante, et qui participa à une certaine libération de la parole dans la fiction TV. Certes.

Mais dix ans après son lancement, et alors que les aventures de Carrie et ses copines se sont achevées il y a quatre ans, le retour ne laissait pas augurer d'un tel déluge. Passons les rubriques de mode excitées par ce fatigant défilé de robes que constitue le film. N'y aurait-il pas, chez certains journalistes quadra ou plus, comme une nostalgie mal placée? Auquel cas, mes collègues seraient plus inspirés en accordant la même place aux séries actuelles qui redéfinissent avec autant de puissance le statut du genre.

Car, quand bien même toute la famille s'est réunie - les actrices, mais surtout le créateur Darren Star et l'auteur-réalisateur Michael Patrick King -, le ratage est total. Ces 2h25 semblent durer plus longtemps que les six saisons réunies de la série, laquelle ne comportait justement pas de temps mort. Tout le sel du feuilleton passe ici à travers une machine à maximiser un ton qui brillait par son sens des limites. C'est plus mièvre (Carrie et Mr. Big) et plus gras (la séquence au Mexique). Les scénaristes se sont sentis obligés de faire un bréviaire de leur création, afin que les fans y retrouvent chaque topique. Du grand roman-feuilleton, on passe au guide de voyage, avec visite obligée de chacun des monuments de l'ancien temps, devenus clichés.

Les sériephiles se divisent en deux camps. Ceux que le portage de leur fiction favorite vers le grand écran, l'art noble, émoustille en même temps qu'il leur donne un sentiment de légitimité, validant après coup leur petit péché hebdomadaire. Et ceux qui pensent que l'expérience est condamnée d'avance.

Car en dépit d'un dispositif similaire, les séries et le cinéma n'ont pas grand-chose en commun. La construction du récit diffère radicalement d'un art à l'autre, et cette différence est irréductible. Au mieux, un long métrage fera un long épisode, mais le gain est alors minable.

Je suis de cette seconde catégorie, et hormis le Star Trek de Robert Wise (en 1979!), je ne vois pas un seul film adapté d'une série qui mériterait d'échapper aux oubliettes du septième art. Sex and the City, le film, y plonge déjà.