Le mystère des ténèbres éclairé à la lueur de la poésie. Et une poésie célébrée par un conteur chamanique (Carlo Brandt), un musicien atmosphérique (Vincent Hänni) et une vidéographiste visionnaire (Dimitri Delcourt). Magnitudo Parvi est un bel hommage à Victor Hugo, auteur, en 1839, de ce vaste poème métaphysique situé à la fin du livre III des Contemplations.

Le spectacle pluridisciplinaire dit bien le mouvement du ciel nocturne que le poète interroge. Sa fille, Léopoldine, ne s’est pas encore noyée dans la Seine – le drame a lieu en septembre 1843 – et Hugo ne doute pas encore de l’existence de Dieu. Mais on sent déjà chez lui son inclination pour le panthéisme, cette manière de placer la transcendance dans la nature innocente plutôt que dans l’érudition savante.

En témoigne sa longue célébration du berger, dont la fille du poète aperçoit au loin l’âtre, l’un des deux points lumineux avec l’étoile qui luit dans la nuit. D’un côté, le feu cosmique, porte d’entrée sur le mystère de l’infini qui bouleverse Hugo: «Radieux gouffre! Abîme obscur/[…]Qu’êtes-vous, ténèbres?» De l’autre, le feu terrestre, humble veilleuse de ce berger salué pour son instinct inspiré. «Il sent que l’humaine aventure/N’est rien qu’une apparition;/Il se dit: – Chaque créature/Est toute la création.» Un «pâtre solitaire» que Victor Hugo oppose aux «savants dont la vue est basse». «Nous nous ruons et nous brûlons/Dans le premier astre qui passe/Comme aux lampes les papillons.»

L’écrivain, on le sait, est capable de colère. Au micro, Carlo Brandt relaie avec puissance ces crescendos. Il tonne sur la furie des ténèbres comme sur l’obscurantisme du cœur. Sa voix devient velours quand la clarté l’emporte. A la guitare amplifiée, Vincent Hänni tisse une partition en suspension. Jamais la musique ne se tait, mais jamais elle n’étouffe le texte qui se pose sur cette nappe sonore, comme le berger, ce «passant frêle», trouve dans une grotte un abri pour la nuit.

Autre ton pour la création vidéo. Régnant sur un programme informatique sophistiqué, Dimitri Delcourt construit en temps réel un visuel géométrique et vertigineux. Il raconte plus les ténèbres insondables que la simplicité du berger. Et traduit l’ampleur lyrique du poète, ami des envolées. Dans une nuit de théâtre, trois artistes soufflent à leur manière sur le feu de Victor Hugo.

Magnitudo Parvi, jusqu’au 28 juillet, Théâtre de l’Orangerie, Genève, 022 700 93 63, www.theatreorangerie.ch