Nom de code: Tenet. Mission: sauver le cinéma mondial. C’est à peu de chose près le synopsis de la sortie du dernier film de Christopher Nolan tant les attentes étaient grandes. Premier blockbuster projeté en salle depuis l’arrêt sur image imposé par le coronavirus, Tenet se profile comme la locomotive tirant l’industrie du cinéma derrière elle. Les enjeux sont multiples: faire revenir en masse les spectateurs en salle, prouver que le cinéma sur grand écran a encore un avenir face au streaming et par le même biais donner un signal positif aux studios conservant encore leurs productions sous le bras par crainte de dépenser des millions en marketing pour un public absent. Une bien lourde tâche pour les épaules d’un seul et même film.

Une réussite internationale

Ce lundi, les premiers chiffres sont tombés et le pari de Warner Bros semble pour le moment gagnant: 53 millions de dollars de recettes à l’international pour son premier week-end, sans les Etats-Unis et la Chine (sortie programmée les 3 et 4 septembre). Dans de nombreux pays, c’est la meilleure sortie au box-office de l’année. Selon ProCinema, 56 488 curieux se sont pressés dans les salles helvétiques pour découvrir le dernier Nolan. En France, Tenet et ses 948 378 entrées surpassent l’ancien meilleur score de l’année, réalisé en février par Sonic le film avec 569 071 spectateurs. Plus étonnant, il récolte en première semaine 6,7 millions de dollars de recettes, score supérieur à celui d’Interstellar (5,2 millions de dollars) et de Dunkerque (5,6 millions de dollars), les deux derniers Nolan pourtant sortis dans des conditions bien plus favorables. Autre fait d’arme: aucun autre film de Nolan n’avait réussi meilleur démarrage aux Pays-Bas, en Ukraine et en Hongrie. En Arabie saoudite, c’est même la première semaine la plus rentable tous films hollywoodiens confondus.

Les salles de Suisse romande se remplissent enfin

La Suisse romande profite aussi du succès mondial du film au palindrome. Edna Epelbaum, exploitante et présidente de l’Association cinématographique suisse, se réjouit de cette éclaircie momentanée au-dessus du ciel du septième art: «Nous sommes très contents de ce premier week-end de sortie. C’est exactement ce qu’on espérait. Le public est venu nombreux dans nos salles pour découvrir le film. Même la météo était de notre côté.» Le spectre du Covid-19 n’a pas freiné outre mesure les cinéphiles et les salles ont enfin commencé à véritablement se remplir, au plus grand bonheur de Didier Zuchuat, directeur de Ciné 17 et du Cinerama Empire à Genève: «Un bon nombre de séances ont atteint la jauge des 50%, notre capacité d’accueil maximale. Pendant ce premier week-end de démarrage, j’ai même dû venir donner un coup de main au Cinerama Empire.» Même constat pour les salles d’Edna Epelbaum: «Nous sommes arrivés à plusieurs reprises à remplir nos salles au maximum de leur capacité, c’est-à-dire à environ 60%. D’autres films ont même réussi à attirer autant de monde, comme Platzspitzbaby

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Propriétaire du seul écran Imax de Suisse romande, le directeur de Pathé Genève Nicolas Cumin a lui aussi vu ses salles se remplir plus qu’à l’accoutumée: «Cet été, nous avions une moyenne journalière de 300 à 350 spectateurs, jusqu’à 800 les rares jours de mauvais temps. Ce week-end, nous avons enregistré 2700 personnes par jour. Depuis la sortie du dernier Nolan, notre salle Imax accueille aussi 80% de plus de spectateurs. Nous nous rendons compte qu’il y a bel et bien un effet Tenet.» Malgré ces très bons chiffres compte tenu des restrictions sanitaires, Nicolas Cumin rappelle que l’industrie du cinéma est encore loin d’un retour à la normale: «Il faut se souvenir qu’à la même période l’année passée, nous faisions 13 000 entrées lors de la Journée du cinéma, annulée cette année. Nous sommes ravis que le public revienne voir des films sur grand écran, ce qui était la véritable incertitude, mais il ne faut pas se réjouir trop vite. J’attends les prochains grands rendez-vous, qui confirmeront ou non cette tendance.»

L’incertitude subsiste

Xavier Pattaroni, programmateur des salles Cinemotion (Fribourg, Bulle et Payerne), tempère lui aussi ce constat et n’attribue pas le succès de ce week-end uniquement au retour d’un blockbuster dans ses salles: «Cette semaine est positiv, en effet; on a enfin un programme avec une offre alléchante, et en prime une météo qui ramène les gens dans nos salles. Tenet fonctionne bien mais ce n’est pas non plus la panacée. A titre de comparaison, Platzspitzbaby fait mieux que le dernier Nolan à Bulle en deuxième semaine et j’ai eu des séances complètes avec Yakari, qui en est à sa troisième semaine.»

Après des mois de vaches maigres, ce week-end est certes le bienvenu, mais ne permet pas non plus d’envisager l’avenir avec trop de certitudes: «Les salles de cinéma ont tellement souffert qu’il est trop tôt pour affirmer que cette sortie va radicalement changer la donne. Ça nous a effectivement requinqués, mais je préfère ne pas m’emballer et attendre la fin de l’année pour tirer des conclusions. Tenet a par contre le mérite de montrer qu’il est possible en ce moment de sortir des films», détaille Xavier Pattaroni. Après de nombreux reports, les exploitants comptent donc sur ce succès momentané pour que les prochaines grandes sorties soient maintenues. Seule superproduction en salle jusqu’à Wonder Woman 1984, toujours programmé pour la dernière semaine de septembre, Tenet va faire cavalier seul jusqu’à la fin de l’été. Le patron de Warner Bros, Toby Emmerich, s’attendait déjà à une longue exploitation: «Compte tenu des circonstances sans précédent de cette sortie mondiale, nous savons que c’est un marathon que nous courons, pas un sprint.» Il reste maintenant à espérer pour les salles romandes que Tenet a les jambes solides.