Lui n'a cessé de roucouler cette année; elle n'a cessé de faire sa psychanalyse dans les journaux. 2004 fut, pour Rolando Villazón, une première consécration. A la scène comme sur disque, le ténor mexicain a fait valoir son timbre ambré et son tempérament de feu. Cet homme, qui signe ses CD en dessinant des caricatures sur les pochettes et qui n'a pu masquer sa fierté de voir son premier disque trôner dans les rayonnages de la Fnac, garde la tête froide. Toujours le mot pour rire. Toujours le souci de bien faire.

Elle, en revanche, en a bavé. La cantatrice la plus célèbre de France! Pour Natalie Dessay, une nouvelle année de doutes. Malgré son succès dans Manon au Grand Théâtre de Genève, la soprano colorature a décommandé nombre de rendez-vous pris pour l'automne, dont la reprise d'Ariane à l'Opéra Bastille. Ses cordes vocales crient «stop!» Or, il y a vingt mois, elle sortait d'une première intervention chirurgicale qui avait nécessité une interruption forcée.

«Un kyste sur l'autre corde vocale, un angiome, une suite du problème d'il y a deux ans?» s'interroge-t-elle dans la revue Diapason. Les questions fusent, la réponse reste muette. Même si elle pense «avoir accepté sa voix et désiré tous les beaux rôles s'offrant à elle, les Manon, les Juliette….», Natalie Dessay ne peut s'empêcher de constater que «le gouffre entre ce qu'[elle] veut faire et ce que ce métier [lui] propose est plus béant que jamais.»

L'épouse du baryton Laurent Naouri n'a pas baissé ses exigences. «Trop de chanteurs se contentent d'avoir une belle voix, d'être de bons musiciens, et n'expriment rien au moment où ils sont censés mourir sur la scène. Comment puis-je vibrer avec quelqu'un qui joue un autre jeu que moi? Je n'atteins pas toujours mon but, mais si j'ai une qualité dans ce métier, c'est de me défoncer.» L'amertume se lit lorsqu'elle déclare: «Je ne vais pas passer ma vie à revenir et repartir. Je me donne quelques mois, peut-être une année. Mais je refuse cette épée de Damoclès. Si ce que j'ai dans la tête, qui est de plus en plus précis, de plus en plus pointu, de plus en plus beau, ne peut se réaliser parce que, physiquement, ça ne suit pas, j'aime mieux faire autre chose.» A quand la reconversion? Elle envisage déjà de travailler avec des enfants…

Quant à Rolando Villazón, il a fait forte impression dans Don Carlo à Amsterdam (sous la baguette de Riccardo Chailly) et dans La Traviata à Aix (malgré une mise en scène absurde). Cet Alfredo vibrant, qui chante mieux qu'il ne se comporte sur scène, est attendu dans le même emploi à Salzbourg l'été prochain aux côtés de la sémillante Anna Netrebko ainsi que dans Don José à Berlin pour Barenboïm.