Collectif. André Malraux et la Tentation de l'Inde. Etudes, textes et documents réunis par Jean-Claude Perrier. Gallimard/Ambassade de France en Inde, 264 p.

On sait l'attrait qu'a exercé l'Asie sur le jeune Malraux: après avoir renoncé à passer son bac, il suit épisodiquement des cours de sanscrit, passe des journées au Musée Guimet et s'embarque à 22 ans avec son épouse Clara pour le Cambodge, alors protectorat français, où il est arrêté pour avoir dérobé les sculptures d'un temple. De 1926 à 1933, son essai La Tentation de l'Occident et ses grands romans Les Conquérants, La Voie royale et La Condition humaine (Prix Goncourt 1933) portent le témoignage de cette passion pour le Cambodge et la Chine.

C'est pourtant l'Inde, son art et sa pensée qui ont le plus durablement fasciné Malraux: il y fait de nombreux voyages, privés ou officiels, et en révèle l'art dès 1930 en montrant des statues gréco-bouddhiques à la galerie de la NRF, avant de s'en faire l'ambassadeur avec la grande exposition du Petit Palais en 1960; admirateur de Gandhi, il entretient dès 1936 des relations amicales avec le pandit Nehru, suit l'émergence de l'Inde indépendante sur la scène internationale et soutient Indira Gandhi lors de la crise qui conduit à la naissance du Bangladesh; enfin ce lecteur du poète Tagore et des grands textes sacrés connaît les grands sites religieux, et la spiritualité indienne influence sa philosophie de l'art.

On s'en convainc grâce à l'album illustré qui rassemble études critiques, textes choisis, interviews et documents peu connus ou inédits, comme cette longue note dans laquelle Malraux propose au général de Gaulle, avec vingt-cinq ans d'avance sur ce que réalisera Jack Lang, d'organiser à Paris une «saison indienne» qui conjuguerait les arts, la musique, le ballet, le cinéma et la pensée, en y associant la radio et la télévision.