Livres

«La Tentation»: requiem pour une morale en fuite

Dans «La Tentation», Luc Lang voit s’écrouler à grand fracas les valeurs humanistes, et ce qui vient est effrayant. Une fable apocalyptique au cœur des Alpes

Les animaux sauvages – réels ou fantasmatiques – hantent de nombreux livres dans cette rentrée littéraire. Est-ce à la mesure de leur disparition dans la vraie vie? La Tentation s’ouvre sur la traque d’un somptueux seize-cors dans les forêts au-dessous de l’Iseran. Le chasseur qui l’a blessé part à sa recherche, on ne laisse pas une bête sans l’achever. Ce chasseur, c’est François, un chirurgien lyonnais dans la cinquantaine, figure centrale du livre de Luc Lang. La Tentation est un roman sur la fin d’un modèle de société, le nôtre, un terme que Luc Lang voit s’approcher dans une explosion de violence.

Le chasseur retrouve sa proie, la ramène à grand-peine dans le relais de chasse qu’il a hérité de son père et de son grand-père, médecins eux aussi. Dans la «boucherie» où l’on dépèce le gibier, le chirurgien opère la bête avant de la restituer à la forêt. Réparer, c’est son métier, mais il va comprendre que sa toute-puissance a des limites. Dès les premières pages, une inquiétude pèse sur la scène. Elle se cristallise autour de Mathilde, la fille, dont le médecin a cru apercevoir le visage effrayé dans une voiture.