Catalogué comme un chef excentrique, un peu rock’n’roll sur les bords, Teodor Currentzis affiche une forte personnalité. A 44 ans, il fait parler de lui, en raison de son parcours atypique (il dirige un orchestre établi à Perm, dans l’Oural), de ses horaires de travail souvent décalés, et de son répertoire, qu’il partage entre le baroque, Mozart sur instruments d’époque et la modernité de Stravinski et Berg (l’opéra Wozzeck).

Un concert-spectacle autour de Rameau

Invité samedi soir au Septembre Musical à l’Auditorium Stravinski de Montreux, le chef grec proposait un concert-spectacle – agrémenté de quelques effets d’éclairage pas toujours très fluides – autour de la figure de Rameau. Tout a commencé dans le noir, d’ailleurs, avec un petit groupe de musiciens jouant une pièce chambriste et intimiste (La Cupis) avant que les lumières de la salle ne s’allument progressivement. On a pu entendre ainsi une anthologie d’airs (chantés par la soprano Robin Johannsen) et de morceaux tirés des opéras-ballets.

Tout se joue dans l’énergie communicatrice, chez Teodor Currentzis. Le chef grec bouge beaucoup et gesticule. Il dirige sans baguette, mime ses intentions avec le visage et esquisse des pas de danse comme s’il cherchait à entraîner tous l’orchestre dans ses mouvements. Il y a un côté un peu rock dans ce concert-spectacle où soudain, tous les musiciens se mettent à taper du pied pour marquer les rythmes dans les danses rustiques de Rameau. Les pupitres de violons, altos, bois et percussions jouent debout. C’est très festif, très plaisant, et un peu complaisant aussi, car on sent la volonté de «moderniser» cette musique pour la rendre à tout prix «actuelle» et accessible au public.

De l’énergie et des couleurs

L’ensemble musicAeterna regroupe de très bons musiciens susceptibles de répondre aux élans de Teodor Currentzis. Il y a de l’énergie, des couleurs, du mouvement, mais certains effets paraissent exagérés, à force de vouloir jouer très vite (avec ces coups de boutoir) ou de ralentir au contraire le flux dans les pièces lentes.

Autant on aime l’Ouverture de Zoroastre, aux cordes astringentes, ou l’Ouverture de Naïs, pleine de contrastes avec ses grands éclats aux cuivres et timbales, autant La Poule, aux incessantes fluctuations de tempo, paraît maniérée.

Une capacité à suggérer des climats

Le meilleur de Teodor Currentzis est dans sa prise de risques et sa capacité à suggérer des climats. «L’Entrée de Polymnie», tirée des Boréades, abonde en poésie et en lyrisme sensuel. Les airs que chante Robin Johannsen dégagent un charme pastoral. Cette voix aux attaques très pures, dépourvue de vibrato, sied à l’univers de Rameau – mais elle manque un peu d’ampleur dans l’Air de La Folie de Platée. On la sent plus à l’aise dans le sublime Tristes apprêts, pâles flambeaux extrait de Castor et Pollux (au tempo ample et suspendu).

Malgré ses excès, et même s’il fouette un peu trop Rameau par moments, le chef grec est un artiste à l’imagination foisonnante, stimulante.

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