Etre quatre et ne former qu'un seul instrument. Etre quatre et unir ses cordes pour servir Mozart, Beethoven et Ligeti. Etre quatre et partir en monospace pour une tournée de concerts. Etre quatre et gravir les cimes de la célébrité. Tel est le rêve du Quatuor Terpsycordes.

Depuis 1997, cet ensemble creuse son sillon dans la musique de chambre. Formé par des élèves du Conservatoire de musique de Genève, il joue partout, à Genève, Bruxelles, Capri, jusqu'en Corse. Il travaille avec les plus grands compositeurs (György Kurtág), participe à des «masterclass» avec d'éminentes pointures (Milan Skampa du Quatuor Smetana, Piero Farulli du Quartetto Italiano). Il prépare cette année l'examen de virtuosité au Conservatoire avec Gábor Tackács-Nagi, ex-premier violon du légendaire Quatuor Tackács. Calqué sur le nom d'une muse, Terpsycordes incarne la jeune génération montante, ce sont les successeurs du Quatuor Sine Nomine, les petits cousins du Quatuor Amar.

Mais surtout, l'ensemble façonne une identité: «Il y a trois ans, le Quatuor Terpsycordes n'était qu'une somme d'individus, explique Ménélik Plojoux-Demierre, agent artistique. Quand les gens en parlaient, ils disaient: «C'est l'ensemble où joue Girolamo, c'est le quatuor où joue Raya Raytcheva.» Aujourd'hui, le Quatuor Terpsycordes a un son qui est le sien.» Le violoncelliste François Courvoisier n'hésite pas à le comparer aux meilleurs ensembles européens: «Ils ont à mon avis un bel avenir, à condition qu'ils gardent le même effectif.» Et d'évoquer l'art du quatuor, si difficile parce qu'il requiert une homogénéité parfaite entre les musiciens: «Aucun instrument ne doit dominer les autres. Beaucoup de quatuors se disloquent parce que l'entente est instable. L'effectif change et tout est à refaire.»

Le Quatuor Terpsycordes a connu une gestation délicate. La violoncelliste hongroise s'est détachée du groupe. Elle ne voulait pas jouer György Ligeti. Or c'est grâce à son 1er quatuor que Terpsycordes a gagné le Prix spécial de la Presse au Concours de Trapani, en Sicile, au mois de décembre. «Depuis que François Grin l'a remplacée, il a apporté une nouvelle maturité parce qu'il a de l'expérience, souligne Ménélik Plojoux-Demierre. Il était l'ancien violoncelliste du Quatuor Ortys.» Preuve que l'identité d'un groupe tient aussi aux personnalités qui le composent.

Il y a Caroline Haas. Le teint basané, les yeux bleus comme l'éther, cette altiste Genevoise mesure aujourd'hui le chemin parcouru: «Le premier concert, on l'a fait au festival de Ménélik, près d'Uzès. On n'avait pas d'argent, on a demandé au public d'apporter leurs propres chaises!» Et d'évoquer le Quatuor Hagen, modèle suprême: «Ils sont habités par un mouvement interne, ce n'est pas un quatuor qui gesticule et mime la musique.». Premier violon, l'Italien Girolamo Bottiglieri explique combien le quatuor est un instrument parfait, qui réunit l'ambitus du piano tout en offrant un répertoire immense: «On a travaillé le Quatuor Opus 33/5 de Haydn avec Françoise Malgoire, qui enseigne le violon au Centre de Musique Ancienne. L'idée est de se rapprocher d'une esthétique à l'ancienne – technique de l'archet plus légère, les notes n'étant pas forcément tenues jusqu'au bout – sans jouer sur instruments d'époque.» A l'autre extrémité, le répertoire moderne: «On a fait une «masterclass» extraordinaire avec György Kurtág il y a deux ans à Lausanne. On a travaillé Officium Breve et le quatuor La Jeune Fille et la Mort de Schubert. Kurtág a joué le Schubert par cœur au piano, valorisant chaque note comme une expérience humaine. J'ai le souvenir d'une jolie phrase de lui: «Je suis venu donner un cours, mais j'ai eu l'impression d'assister à un concert.»

Last but not least, Ménélik Plojoux-Demierre est le moteur du groupe. Formé à l'Ecole des Beaux-Arts de Bruxelles, il a tout plaqué pour devenir agent artistique: «Si je fais ce métier, c'est grâce à eux. Je fais le repassage, la cuisine, le chauffeur, je borde les lits! Il y a trois ans, la Ville de Genève n'aurait pas fait confiance au Quatuor Terspycordes. Mais depuis, les responsables cuturels l'ont écouté. Pierre Skrebers nous a proposé un concert à l'Hôtel de Ville. Cette année, nous jouerons le Quintette de Schubert en août avec le violoncelliste Michael Sanderling, fils du célèbre chef d'orchestre.» Le cachet est substantiel, alors que d'ordinaire, il oscille entre 2000 à 3000 francs. «Notre but n'est pas d'exiger 80 000 francs par concert, comme le Quatuor Julliard, mais de parvenir à vivre de notre métier.»

Quatuor Terpsycordes, en concert à Genève, Salle des Abeilles du Palais de l'Athénée, ce soir à 20h.30. Billets à l'entrée dès 20h.

Rens. 022/784 02 61.