Notre pauvre planète craque et brûle de partout. Incendies en Australie et en Californie, rues de Rangoun ou de Hongkong embrasées par la révolte, les températures s’élèvent et la pandémie achève le désastre… L’affiche du FIFDH propose un instantané saisissant de l’avenir: l’explosion d’une baudruche rouge percutée par une fléchette. Mais l’espoir subsiste. Il réside dans cette phrase lancée dans la bande-annonce de la manifestation: «Quand tu ne fais que mentir aux jeunes, tu te prépares à les voir dans la rue.»

Directrice générale et des programmes, Isabelle Gattiker observe que «de nouvelles formes de résistance apparaissent partout». Le Festival du film et forum international sur les droits humains participe à la lutte en faisant flotter au-dessus de la plaine de Plainpalais, le vendredi 6 mars, le vaste drapeau conçu par Dan Acher sur lequel figure un œil géant: «We are watching you», c’est le titre de l’œuvre et la réponse de la population à Big Brother. Attention les puissants, on vous surveille!

Président du FIFDH, Bruno Giussani cite un triste sire, directeur d’une agence de relations publiques anglaise travaillant à mettre en place le successeur de Pinochet. Ce gentleman reconnaissait que le dictateur chilien avait fait des choses terribles, mais se désolidarisait sans état d'âme des victimes. Or ces citoyens pauvres, trahis, opprimés, exploités, exécutés, sont nos frères, nos semblables… C’est pour eux que le festival genevois existe, c’est à eux qu’il donne la parole.

Libertés individuelles

Reflétant la crise mondiale, le programme de la 19e édition du FIFDH s’annonce copieux. Et en ligne, évidemment, épreuve attristante au moment où l’on a tant besoin d’interactions physiques et d’émotions collectives. Plus de 90 événements et rencontres sont annoncés du 5 au 14 mars, dont 31 films et quelque 40 «Grands rendez-vous» et «Paroles d’activistes». Boris Mabillard, responsable des débats, parle d’un «programme riche, dense, gourmand, cohérent» dont le maître-mot est celui d’«échange». Le premier invité est Alain Berset: le conseiller fédéral s’exprimera sur le thème brûlant de «Pandémie et libertés individuelles».

La philosophe Dominique Méda et l’écrivain Erik Orsenna évoqueront dans Des bullshit jobs et encore, pas pour tout le monde! une économie future fondée sur la précarité, tandis que Julia Kloiber pose une question nécessaire: Les algorithmes sont-ils sexistes? Angela Davis, militante iconique de la cause africaine-américaine, dialogue avec la cantatrice Barbara Hendricks, et la politologue Patrisse Cullors interroge l’avenir du mouvement Black Lives Matter. Arhundati Roy, auteur du Dieu des petits riens demande: Le nationalisme indien peut-il inclure les minorités religieuses?

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Ai Weiwei, fameux artiste dissident, a réalisé Coronation, un documentaire sur les premiers pas du covid en Chine qui interroge les «paradoxes de la réponse à la pandémie». L’avocat Benjamin Guyot réfléchit à une jurisprudence du cosmos, ce nouveau far west (L’espace, une zone de non-droit). Parmi les films les plus attendus, il faut citer Notturno de Gianfranco Rosi, documentaire sur la guerre civile syrienne, et Le Nouvel Evangile, de Milo Rau. La graffeuse sénégalaise Zeinixx viendra quant à elle colorier un mur près de l’hôpital et Alain Damasio, auteur de science-fiction, s’adonnera au rock’n’roll…

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Pour soigner la morosité que peut engendrer une édition condamnée aux visionnements en VOD sur la plateforme du festival et aux conférences par Zoom, les organisateurs ont multiplié les possibilités de contacts, par Instagram, Facebook ou Twitter, inventé de nouveaux formats vidéo et des podcasts. Ils lancent même une émission de radio quotidienne, Comme un écho, réalisée en collaboration avec Radio Vostok et la Haute école d’art et de design (HEAD).


FIFDH, 19e édition en ligne. Genève, du ve 5 au di 14 mars.