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David Wagnières: «Cette photographie donne l’impression que l’appétit des chantiers alentour finira par avaler le terrain de football.»
© David Wagnières

Exposition

Les territoires sportifs de David Wagnières

Le photographe genevois a été invité à réaliser une enquête photographique qui aborde la thématique des pratiques sportives sous un angle territorial. A voir au parc des Bastions

Un soir d’automne 2017 au parc des Evaux. Devant lui, sur un chemin de terre parallèle au circuit bosselé des BMX, il aperçoit un fauteuil roulant motorisé qui zigzague, accélère, dérape en soulevant de la poussière. «Le propriétaire conduisait ostensiblement de manière sportive, cherchant ses limites. L’accès aux bosses ne lui était pas possible mais il en rêvait et il en ferait sans doute des merveilles», raconte David Wagnières. Le garçon sur le fauteuil s’appelle Alexander. Le photographe genevois juge qu’il doit faire partie de son travail.

Le 10 septembre 2017 au Centre sportif du Bois-Carré à Meyrin. Un tournoi de football corporatif, deux équipes représentant deux hôtels. Et en arrière-plan, un quartier en construction, deux grues, des échafaudages, les nuages qui courent. David Wagnières commente: «Cette photographie donne l’impression que l’appétit des chantiers alentour finira par avaler le terrain de football.» Il est monté sur une échelle pour que les joueurs ne rentrent pas dans l’arrière-plan. Deux scènes distinctes mais un ensemble, une cité en construction dont, au final, le centre sportif sera le cœur et le poumon.

Aucun dogme

Au parc des Bastions à Genève, 16 images en grand format sont présentées jusqu’au 16 septembre, toutes signées David Wagnières, photojournaliste – pour Le Temps notamment – mais aussi portraitiste. Cela s’appelle l’Enquête photographique genevoise, que le Département de la culture et du sport de la ville de Genève confie depuis deux ans à un photographe professionnel local. Thème: les enjeux qui traversent les pratiques sportives. En 2016, le comité d’experts a invité Elisa Larvego à porter un regard sociétal. En 2018, Christian Lutz figera l’angle culturel du sport. Entre-temps, David Wagnières a sondé les territoires sportifs. Il confie: «J’ai mis des semaines à digérer cette invitation d’une banalité extraordinaire.» Bel oxymore.

Le 9 septembre dernier, après moult réflexions et des déplacements erratiques en ville et dans la campagne, il se dit qu’il a compris, qu’il fera ceci et cela. «Aucun dogme, réaliser une enquête, proposer un état du sport à Genève aujourd’hui, qui puisse encore servir dans vingt ans», résume-t-il. Il a travaillé neuf mois durant avec son Pentax en moyen format. Il a pris contact avec des sociétés sportives mais avant tout avec ses souvenirs, ses déambulations de gosse et ces lieux improbables mués en arènes sportives. Exemple: les immeubles cubiques de Châtelaine bordés par le chemin de fer. On y voit la plage. Beach-volley, buvette, parasol et compétiteurs rivés sur le ballon chaud comme un soleil. On trouve cela en général au bord des piscines et dans les grands parcs. Mais un contrat de quartier a érigé dans la cité cette oasis de sable fin. Etrange territoire enclavé mais ouvert à tous les possibles: la balle smashée rebondit si haut qu’on l’imagine franchir le filet des tours.

A voir:  Notre carte blanche photographique à David Wagnières

Canoë échoué

Images d’un territoire sportif classique (foot, hockey), éphémère (course d’obstacles, moto-cross), naturel (forêt, campagne), souvent amusantes, toujours très esthétiques, qui confirment que le sport amateur est un vecteur de lien social. Images aussi de subtil décalage entre humains d’une même cité. Cet entraînement de boxe dans une fosse à Varembé, un homme, une femme, un poing à poing si improbable en sous-sol que la rue au-dessus du ring ne quitte pas sa torpeur. David Wagnières a un faible pour ce rameur dans son canoë qui a échoué dans un sous-bois.

«Son embarcation racle le fond et s’abîme, le laisse bêtement en équilibre sur un gros caillou, la pagaie dans le vide», commente-t-il. C’est le Derby de la Versoix, une course traditionnelle qui existe depuis soixante ans. Mais le débit est aujourd’hui faible, à cause du manque de pluie et des étés secs. L’édition 2017 a été, au final, annulée comme celles de 2009, 2010, 2011 et 2016. Puisque le lac devait paraître, il est d’un pâle irréel, chahuté par de fortes vagues venues, croirait-on, d’Ouessant. Et là un Givré au bonnet rouge, brisant la bise noire, s’enfonçant dans l’eau glacée. Un surhomme sans aucun doute, tout aussi déterminé qu’Alexander dans son fauteuil motorisé éclaboussé par la poussière.

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