Munich et son sanglant épilogue trouvent leurs prémices dans le monde de la guerre froide. Un échiquier politique bloqué par les «deux grands» où le Moyen-Orient tient lieu de pièce maîtresse. D'un côté le camp russe qui soutient le monde arabe, de l'autre les Américains, rangés derrière Israël et au milieu les Palestiniens, dont personne ne semble vouloir.

Même si la politique de la terreur a fait ses premiers pas dans la région bien avant la proclamation d'Israël, l'écrasante victoire de Tsahal durant la guerre des Six-Jours pose un premier jalon vers les morts de Munich. Les pays arabes se détournent alors de la lutte militaire contre Israël, sans apporter de solution au problème des réfugiés palestiniens. Défendus par la récente Organisation de libération de la Palestine (OLP), ces «sans-patrie» trouvent refuge dans la Jordanie voisine, où sont déjà regroupés les exilés de 1948. Mais le jeune roi Hussein craint d'être débordé par la masse des fedayin qui se servent de son pays comme base arrière. En septembre 1970, il donne l'assaut aux camps palestiniens. Le bilan oscille entre 4000 et 10 000 morts.

Pour l'OLP, le traumatisme est total. Ignorés par la communauté internationale, «lâchés», puis traqués par les pays arabes, les Palestiniens ne voient plus d'autre recours que la violence pour faire valoir leur droit à une terre. Le chemin de Munich est dès lors tracé. Le 5 septembre 1972, le commando «Septembre Noir» – en référence aux événements de septembre 70 – s'introduit dans le village olympique, tue deux Israéliens et prend en otage dix-sept athlètes de la délégation israélienne.

Munich n'est pourtant pas un acte isolé. Il s'inscrit dans une stratégie de lutte politique intense: entre 1969 et 1986, on recense en moyenne un attentat lié à la «question palestinienne» tous les douze jours. Une guerre qui, sans épargner Israël, frappe surtout le monde occidental. Entre 1968 et 1985, 565 actions terroristes sont ainsi conduites hors d'Israël et sur un total de 498 morts, «seuls» 54 sont citoyens israéliens.

De l'explosion en vol d'un appareil Swissair avec ses 48 passagers au-dessus de Würenlingen (AG), en février 70, à l'épisode d'Entebbe (Ouganda) en 1976, l'aviation civile devient la cible favorite du terrorisme international durant les années 70: on compte pas moins de 250 attaques ou détournements d'avions entre 1969 et 1972. Des opérations spectaculaires (en septembre 1970 trois appareils de Swissair, BOAC et TWA sont détruits sur l'aéroport jordanien de Zarka), mais relativement faciles à réaliser et particulièrement efficaces. Et Munich ne fait pas exception à cette stratégie: le 29 octobre 1972, les trois fedayin ayant survécu à l'assaut des forces de police allemandes sont libérés après le détournement d'un appareil de la Lufthansa, en échange des passagers.

Pour l'Europe, les conséquences sont multiples. Il y a d'abord les victimes et les dégâts matériels. Il y a aussi la complicité évidente d'organisation d'extrême gauche, en Allemagne (la bande Baader-Meinhof) ou en Italie (les Brigades rouges). Et si les Etats éprouvent encore des difficultés à affronter ensemble la question du terrorisme (qui sera finalement mise à l'ordre du jour lors de l'Assemblée générale de l'ONU en 1972), les «guerriers de l'ombre» ignorent le problème: le 22 février 1972, le vol New Delhi-Aden est détourné par des Palestiniens, mais ils opèrent avec l'appui de l'Armée rouge japonaise et c'est finalement le gouvernement allemand qui paiera la rançon.

Confrontée à une forme de chantage perpétuel, la communauté internationale réagit d'abord en renforçant les règles de sécurité de l'aviation civile. Pour lutter, les gouvernements et les polices du monde entier se forment à de nouvelles techniques de lutte et se dotent d'instruments de coordination et de collaboration internationale. Parfaitement conduite, la libération des otages d'Entebbe par Tsahal démontre les progrès accomplis par les forces de l'ordre. Mais la répression reste un pis-aller. Car si le terrorisme palestinien recule au milieu des années 70, c'est d'abord parce que sa cause progresse sur le plan politique. Cinq ans après sa nomination à la tête de l'OLP, Yasser Arafat est reçu à la tribune de l'ONU comme un chef d'Etat. Et même s'il faudra attendre l'Intifada de 1987 puis les accords d'Oslo (1993) pour qu'Israël ose évoquer la paix, ce geste symbolique aura eu le mérite d'ôter sa principale légitimité à l'action radicale.