Futée et drôle, l'exposition Petits Coq-à-l'âne est aussi riche d'enseignements car le Muséum d'histoire naturelle de Neuchâtel s'est assuré la collaboration d'Adrien Poisson, auteur d'un monumental Dictionnaire raisonné des expressions animalières de la langue française. L'ouvrage figure en bonne place à l'entrée de la petite salle qui diffuse en continu un film montrant l'éminent zoolinguiste (alias le comédien Philippe Vuilleumier) interviewé par Madeleine Caboche, dans un Mordicus inédit: il y fait notamment le pari de lancer l'expression «temps de chat» pour désigner cette douceur de l'air printanière qui incite à se prélasser au soleil.

C'est une des séduisantes astuces mises en scène par Christophe Dufour et son équipe dans une manifestation vernie en présence d'un coq en cage (sinon en pâte!) et de l'âne Pepito, 3 ans. Cela en attendant le vrai poulailler qui sera installé cet automne dans le jardin du musée, lors d'une exposition sur les poules. Mais revenons à nos moutons et à la cinquantaine de petites installations qui composent ce jeu des animaux et des mots. On en décrypte certaines facilement, quand l'animal est familier et le rébus transparent: le visiteur n'a ainsi aucune peine à comprendre qu'il est reçu comme… un chien dans un jeu de quilles! D'autres présentent plus de difficultés, faute de savoir identifier une buse, une linotte ou un loir, mais on a droit à un indice avant de donner sa langue au chat, et de consulter les courtes notices qui accompagnent chaque devinette.

Si la plupart des expressions sont d'origine ancienne, il faut signaler l'apparition au XIXe siècle de «kif-kif bourricot» ou de «peigner la girafe», et la naissance récente de «Minute papillon!», grâce aux journalistes du Canard enchaîné et au garçon du Café du Cadran, nommé Papillon, qui disait toujours «Minute, j'arrive!». Les notices renseignent aussi sur les distorsions de sens subies par telle expression: ainsi devrait-on dire «le coq-à-l'asne», du nom de la cane en ancien français; ou «pousser des cris d'effraie», d'après la chouette nichant dans les ruines dont on peut écouter l'étonnante gamme enregistrée de ronflements et de plaintes sinistres.

Qu'elles soient animalières ou linguistiques, ces connaissances sont partagées en s'amusant, grâce à la scénographie inventive conçue par Anne Ramseyer, qui a misé sur la diversité: aux animaux taxidermisés, comme le mérinos qui pisse ou le canard sur les plumes duquel l'eau glisse, aux pattes de mouches bien réelles qui dessinent l'inscription tintinophile «Botus et mouche cousue, telle est votre denise» s'ajoutent des figures en matière synthétique tel le grand cheval noir bardé de principes. Quant aux puces qu'il s'agit de mettre dans une oreille géante, au centre d'une table recouverte de moquette, ce sont celles du jeu d'adresse bien connu. Ailleurs, on peut tester sa force, comme sur un champ de foire, en prenant le taureau par les cornes; rendre à Marie Laforêt, Alain Delon ou Jean-Edern Hallier le regard d'aigle, de chien battu ou de biche qui leur convient; ou encore monter sur scène pour mimer une expression tirée au sort: jouer à saute-mouton, un vent à décorner les bœufs, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, etc. – exercice du reste testé par l'équipe du musée dans une vidéo.

Bref, c'est une exposition où l'on se bouge, au propre comme au figuré: on lève les yeux pour découvrir quatre fers en l'air, on se penche sur un poste de télé pour voir poser un lapin, on regarde une taille de guêpe au microscope, on se demande pourquoi une peau de vache est synonyme de méchanceté et un pou de laideur. Ou, plus grave, si la montagne de paperasses nécessaire à la naissance de la loi sur l'assurance maternité n'aurait pas accouché d'une souris, et si la Suisse n'a pas adopté vis-à-vis de l'Europe la politique de l'autruche… Pas toujours innocents, les mots des animaux!

Petits Coq-à-l'âne. Les animaux dans le langage. Neuchâtel, Muséum d'histoire naturelle, Terreaux 14. Ma-di 10-18h. Ouvert les lundis de Pâques, de Pentecôte et du Jeûne fédéral. Jusqu'au 5 mars 2006. Rens.: 032/717 79 60 et http://www.museum-neuchatel.ch