Il l’a démontré avec Gomorra, Reality ou Dogman: Matteo Garrone est épris de réalisme. Et pourtant susceptible de s’adonner au merveilleux, comme en témoigne Tale of Tales, tiré du Pentamerone, un recueil de contes napolitains du XVIIe siècle. Avec Pinocchio, le cinéaste romain creuse à nouveau cette veine baroque – pour le meilleur et pour le pire.

Le film colle de près au texte originel. Garrone respecte la plupart des péripéties, en invente aussi d’autres, ni utiles ni vraiment heureuses. Ainsi il s’attarde longuement sur Geppetto. Le menuisier affamé s’incruste à l’auberge dans l’espoir d’un bol de soupe. Chez le père la Cerise, il trouve une bûche magique dans laquelle il sculpte le burattino. Si le premier mot de Pinocchio est «papa», ce qui lui vaut l’amour inconditionnel de son créateur, il s’avère un sale gosse, une tête de bois qui fugue à peine né, aplatit le Grillon d’un coup de maillet et laisse ses pieds ligneux brûler auprès de l’âtre.