On le sait, la Terre est un caillou perdu dans l'Univers. Décidément pascalienne, la jeune SF française explore l'immensité de ces espaces infinis tout en rappelant la fragilité de roseau de l'Homo sapiens. Cela débouche sur des space operas qui n'ont rien à envier aux maîtres anglo-saxons du genre: tout aussi distrayants, mais plus riches de sens et plus appliqués dans leur écriture.

Trois titres émergent du lot et sont à même d'éclairer la toile des nuits estivales. Aucune Etoile aussi lointaine, de Serge Lehman (J'ai lu Millénaires), un éblouissant ballet spatial et humain servi par une intensité dramatique rare, d'ailleurs comblé de prix littéraires. Assister aussi au spectacle des Etoiles mourantes d'Ayerdhal et Jean-Claude Dunyach (idem), qui imaginent les retrouvailles d'une humanité dispersée dans l'espace et scindée en quatre branches, les techniciens, les mystiques, les organiques et les connectés. Remarquablement écrite, l'œuvre fournit une belle image des fossés que séparent les cultures humaines et la difficulté de leur dialogue.

Plus ludique, le cycle des Guerriers du silence, de Pierre Bordage (L'Atalante), marche dans les traces du Dune de James Herbert en peignant un tableau chamarré du futur; une confédération unissant tant bien que mal (comme la Suisse!) cent mondes fort différents, une nouvelle espèce de mutants dotés de pouvoirs psychiques aussi puissants qu'embarrassants, une caste hédoniste régnante mais sur le déclin, et, au milieu de ce capharnaüm, l'employé alcoolique d'une agence de voyages spatiaux qui n'en demandait pas tant…