le temps des séries TV

France TV, le flou public

«Bienvenue en enfer», ricanait récemment L’Obs à propos des postulants à la présidence de France Télévisions. Attentes parfois contradictoires de la tutelle, résistances farouches à l’interne, stratégies des syndicats et moult «peaux de banane», selon le journal, font de la charge une partie de plaisir plutôt mesurée. Et le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) n’a pas simplifié les choses en optant, dans la douleur – il y a eu des tours de vote à égalité des huit membres –, pour Delphine Ernotte-Cunci, venue d’Orange. Laquelle ne connaît donc pas la télévision, ce que le milieu a vite mis en avant. On peut deviner l’intérêt de son parcours à l’heure où les vecteurs numériques montent toujours plus en puissance. Mais l’originalité du choix demeure entière: après tout, c’est comme si le numéro deux de Swisscom prenait la place de Roger de Weck.

S’agissant de la fiction, les amateurs resteront dans le brouillard un certain temps, puisque le projet de Delphine Ernotte n’a pas été rendu public. Au milieu d’une généreuse langue de bois («ambition réformatrice», «souci de continuité», «volonté de susciter l’adhésion des personnels», blablabla), la note de motivation du CSA glisse quelques indices. La partie dévolue aux séries chez France 4 semble condamnée, puisque la future présidente veut renforcer la chaîne sur la jeunesse. La présence de la fiction sur France 3 paraît remise en cause, ou devrait être repensée, le troisième canal devant se concentrer sur «le patrimoine et les territoires».

Surtout, la patronne désignée veut conclure un «pacte entre la télévision publique et la production française», sans préciser s’il s’agit de fiction ou de l’ensemble des créations. Le terme rappelle le pacte de l’audiovisuel en Suisse, qui lie la SSR et l’Office fédéral de la culture. Le CSA met en avant ce projet en saluant une «volonté de promouvoir le service public». Alors même que sa définition ne cesse de faire débat, en France comme en Suisse et ailleurs. Le slogan de la «télévision de qualité», aussi mentionné par le Conseil, n’éclaire guère la lanterne du curieux qui tente de comprendre les réformes souhaitées par les autorités tutélaires. En fait, ce débat-là, déjà ancien, ne fait que commencer.