Théâtre

Texte effiloché pour corps mutilé

Robert Sandoz, talentueux metteur en scène, crée «De mémoire d’estomac», de la jeune auteure suisse Antoinette Rychner. Malheureusement, le texte, volatil et anémique, égare le spectateur

Le succès d’Antoinette Rychner est un mystère. Que ce soit De mémoire d’estomac, pièce pour jeune public actuellement à l’affiche d’Am Stram Gram ou Intimité Data Storage, texte créé récemment au Théâtre Saint-Gervais et publié par l’illustre maison d’édition française Les Solitaires Intempestifs, les deux partitions de cette jeune diplômée de l’Institut littéraire suisse suscitent un enthousiasme difficile à comprendre.

De mémoire d’estomac contient de belles idées sur le corps mutilé et le dialogue avec son monde intérieur, mais le texte souffre d’une telle artificialité d’écriture, d’une telle volatilité dramaturgique que le spectacle du pourtant talentueux Robert Sandoz est plus erratique que poétique. Quant à Intimité Data Storage qui parle famille et nouvelle technologie, la pièce ploie sous tant d’explications psychologiques que la création de Jérôme Richer en mars dernier ressemblait plus à une sitcom sommaire qu’à une exploration des liens à la mère. Mystère, donc, que ce succès…

Cela dit, De mémoire d’estomac se laisse regarder. Déjà parce que le décor de Nicole Grédy est bien trouvé. Reprenant la thématique des pièces détachées – l’histoire raconte comment deux enfants à qui il manque un bras surmontent leur handicap –, la scénographe a imaginé une grange en plusieurs morceaux dont les lignes obliques rythment intelligemment l’espace. Pareil pour les costumes d’Anne-Laure Futin. La robe d’accouchement, immense cône noir et blanc, ou le complet rouge sang de l’estomac qui est un personnage vivant, apportent du tranchant.

Le jeu des comédiens et la mise en scène de Robert Sandoz donnent également du corps à ce texte effiloché. Vincent Fontannaz et Flore Lefebvre des Noëttes, notamment, multiplient les farces et adresses au public. Ils chargent leurs personnages d’une présence chaleureuse qui relie entre eux les éléments épars de cette traversée se terminant comme par miracle sur la naissance du violon… Le violon d’Elodie Steinegger, présente sur scène , commente les étapes de ce récit et injecte, lui aussi, une couleur et un souffle bienvenus dans ce parcours initiatique pour le moins flottant.

De mémoire d’estomac, Théâtre Am Stram Gram, Genève, jusqu’au 5 mai, 022 735 79 24, www.amstramgram.ch, dès 8 ans

Publicité