Entre rage et douceur, sur les fils d'une guitare et d'un oud, Serge Teyssot-Gay et Khaled AlJaramani ont trouvé une InterzOne. Générique d'une rencontre musicale et titre d'un disque complice, InterzOne rassemble l'électricité rock du guitariste, en repos forcé de Noir Désir, et les motifs du luth oriental tissés par un virtuose hantant les orchestres symphoniques.

Ce dialogue truffé d'émotions alterne plages instrumentales intenses, respirations sonores et incantations chantées, sans jamais se perdre en chemin, pour s'achever dans un éclat de rire commun. Scellant ainsi d'une dernière texture sonore une partition-mosaïque aux dégradés aussi ombrageux que joyeux.

Cet équilibre inouï obtenu, entre jeux des instruments et des intentions, entre deux êtres qui se connaissent à peine et n'ont point de langue commune, Serge Teyssot-Gay peinait encore à l'expliquer à la mi-avril, lors de trois escales scéniques romandes: «Nous avions en commun le jeu sur les volumes et la large palette d'intentions qu'offrent nos deux instruments.

Idées enfouies

«A partir de là, il fallait pouvoir projeter des émotions en improvisant. Nous partions de thèmes et nous croisions dans un va-et-vient entre échappées et retour. C'est ainsi que des idées enfouies en chacun de nous ont pu jaillir.»

Ame compositrice des côtés sombres et parfois mystiques de Noir Désir, Teyssot-Gay a déjà pris quelques chemins parallèles et solitaires durant les pauses du quatuor rock bordelais. Silence radio (1996) et On croit qu'on en est sorti (2000) – mise en sons moins distordue et damnée des textes de l'écrivain Georges Hyvernaud (La peau et les os), qui a beaucoup nourri Des visages, des figures, le dernier album de Noir Désir – ont été à ses yeux de fertiles terrains d'expérimentations. Teyssot-Gay: «Tous ces projets, je les ai réalisés en gardant à l'esprit le fait qu'ils allaient servir le collectif Noir Désir. Il n'y a qu'une relation sérieuse, honnête, avec soi et les autres qui fait avancer artistiquement et humainement.» En ce sens, InterzOne nourrira peut-être un projet de Noir Désir à l'avenir, hypothétique pour l'heure en raison de l'incarcération de Bertrand Cantat. Comme le travail musical sur «Nous n'avons fait que fuir», longue prose de Cantat mise en musiques en 2003 a inspiré InterzOne.

Né sur les cendres d'une tournée de Noir Désir en 2002, le disque de Teyssot-Gay et AlJaramani a pris son envol à Damas, où le quatuor et le joueur de oud se sont découverts respectivement en scène. Séduction mutuelle dont les suppléments d'âme se gagneront au fil d'un voyage en Europe d'AlJaramani pour quelques concerts. Amitié renforcée, idées de compositions neuves, intérêt d'une maison de disques et tournée à la clé finissent par donner corps à une belle rencontre fortuite. A laquelle Teyssot-Gay a déjà imaginé une suite, avec des invités.

InterzOne (Barclay/Universal).

Teyssot-Gay et AlJaramani en concert ce soir à 19 h, festival Musiques en stock, Cluses (F). Entrée libre. (Rens. «http://www.musiques-en-stock.com»).