En 2014, Michel Houellebecq a été enlevé et libéré contre rançon. L’année suivante, Gérard Depardieu et Isabelle Huppert allaient au rendez-vous fixé par leur fils suicidé dans la Vallée de la Mort (Californie). Ces événements ont été rapportés tant bien que mal par Guillaume Nicloux dans L'Enlèvement de Michel Houellebecq et Valley of Love. On apprend aujourd’hui que ces deux fictions biographiques à plus-value n’importe quoitesque constituaient les prémisses d’une trilogie dont voici la conclusion, sobrement intitulée Thalasso.

A propos de «Valley of Love»: Isa et Gégé à Zabriskie Point

Michel Houellebecq fait une cure de thalassothérapie. Il n’aime pas. La cryothérapie lui recroqueville les testicules et, surtout, on l’empêche de boire sa bouteille de rouge en mangeant et de fumer ses trois paquets quotidiens. Il tombe sur un autre patient brimé: c’est Gérard Depardieu. Plus avisé que l’écrivain, le comédien a amené des «munitions». Les deux compères se retrouvent dans la chambre de Gérard à écluser  d’innombrables grands crus en philosophant.

Ils parlent de la France («de la merde»), des femmes («Les vieilles chattes restent toujours jeunes»), de la mort («J’ai parlé une fois à la Grande Faucheuse, une gamine difforme sur un terrain de tennis dans la Vallée de la Mort» – voir Valley of Love...), des hémorroïdes d’Eddy Merckx, de leur santé («Y a que les gens qui boivent qui ont des cirrhoses»), de Dieu («Le “projet homme” n’est pas le projet le plus évident de Dieu»)... Une gemme brille parfois dans ces conversations imbibées: «Le drame, quand tu vieillis, c’est que tu restes jeune»...

Autour d’eux se dessine une sociologie de la médiocrité épinglant l’obséquiosité cupide des serveurs, la gougnaferie des fans qui ne retiennent que le rôle d’Obélix, pif! paf!, et des chasseurs d’autographe qui confondent Queffeléc et Houellebecq.

Couverts de boue

Depardieu et Houellebecq, c’est la réincarnation de Sancho Panza et Don Quichotte, de  Bérurier et Pinaud. Sans vergogne, les deux stars jouent leur personnages à fond. De la fiction ou du documentaire? Du lard ou du cochon? De la philosophie ou de la provocation? Cassent-ils leur image? Ils la cultivent plutôt, en pochetronnant à tire-larigot, en se baladant à poil couverts de boue, en se vautrant dans l’abjection. C’est avec la fascination d’un cinéaste animalier que Guillaume Nicloux filme ses deux monstres, l’éléphant de mer à bedaine protubérante et la fouine à la triste figure.

Une histoire vaguement policière se greffe sur ces stances de l’auto-destruction ordinaire. Les malfrats minables qui ont naguère enlevé Houellebecq se pointent à Cabourg parce qu’à 80 balais la mère de l’un deux a quitté son mari, Dédé, pour refaire sa vie. Ils veulent la retrouver à tout prix et pensent que Michel sait où elle se planque. Il y a aussi Sylvester Stallone qui fait du nudisme sur la plage. Mais est-ce vraiment l’ami Rambo ou juste un sosie? Peu importe: en fin de compte tout cela n’est qu’une plaisante mise en abyme.

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Thalasso, de Guillaume Nicloux (France, 2019), avec Michel Houellebecq, Gérard Depardieu, Mathieu Nicourt, Françoise Lebrun, 1h33