Cinéma

«The Beatles: Eight Days a Week» quatre garçons à la conquête du monde


A travers images d’archives et entretiens, Ron Howard retrace l’hallucinante épopée musicale des quatre de Liverpool et l’avènement d’un mouvement culturel mondial

Entre 1963 et 1966, la Terre a tremblé. Armés de guitares électriques, quatre jeunes Anglais ont renversé le vieil ordre. Figure de proue du cinéma hollywoodien, Ron Howard est plus réputé pour la fiction (Cocoon, Apollo 13, Le Grinch, Les Disparues, Da Vinci Code, Au Cœur de l’océan et une quinzaine d’autres titres) que pour le documentaire (il n’en a réalisé qu’un, Made in America). Avec The Beatles: Eight Days a Week – The Touring Years, il propose un montage d’archives, incluant «des images rares ou jamais vues», assaisonnées d’entretiens avec survivants et témoins de l’épopée.

Nés pendant la guerre, John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr grandissent l’oreille tournée vers les rythmes que l’Amérique déversent sur le Vieux Continent. Ils préfèrent le rock’n’roll à l’école, hantent les cabarets où ils jouent jusqu’à hit heures d’affilée. En octobre 1962, ils sortent un premier 45 T, «Love Me Do» et la folie commence.

La rançon de la gloire

Avec leurs mélodies irrésistibles, leurs rythmes enlevés et leurs harmonies vocales raffinées, les chansons des Beatles ont conservé leur fraîcheur. Au-delà de la musique, les quatre garçons font souffler un vent printanier sur une époque enlisée dans la guerre froide. Ils sont impertinents et délurés, ils ont un sens de la repartie qui désarçonne les journalistes en cravate. L’actrice Whoopi Goldberg se souvient de l’irruption du phénomène, alors qu’elle avait 8 ans: «On n’avait jamais vu des personnes comme eux. Soudain le monde entier s’est allumé. J’ai senti que je pouvais être amie avec eux. Et je suis Noire… Les Beatles n’avaient pas de couleur. Ils m’ont donné cette idée que tout le monde était égal».

Par-delà les chansons d’amour qui font «yeah yeah yeah», le quatuor tenait sur le ton de la plaisanterie un discours révolutionnaire. A l’époque où l’Amérique pratiquait encore la ségrégation raciale, ils ont exigé contractuellement que chaque citoyen soit admis aux concerts, quelle que soit la couleur de sa peau.

Les Beatles déclenchent des émeutes sur leur passage. Des fans les poursuivent, des adolescentes hurlent, trépignent et pleurent jusqu’à l’évanouissement. Ils travaillent huit jours par semaine (eight days a week en v.o.). La gloire est impitoyable, ils s’épuisent. «A la fin, c’est devenu assez compliqué alors qu’au début tout était simple», se souvient Paul. Le «monstre à quatre têtes» étouffe. Avec «Help», John lance un véritable appel au secours. En 1966, le groupe renonce à la scène, et se recentre sur le travail en studio, leur havre, dont sortira en 1967 Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, leur chef-d’œuvre.

Au Shea Stadium

Attention! Il ne faut pas quitter la salle à la dernière note de la dernière chanson. Car, au terme du générique, commence la deuxième partie du film: le concert du Shea Stadium de New York, le 15 août 1965. Juchés sur une petite scène plantée sur la pelouse, les Beatles affrontent 50 000 spectateurs. Le son, diffusé par les haut-parleurs du stade, est atroce. Une nuée de policiers empêchent le public de se ruer sur le groupe et évacuent les filles sans connaissance. Plutôt tendus, les quatre font ce qu’ils peuvent, mais ne s’entendent pas plus les uns les autres que les spectateurs ne les entendent. Ce document extraordinaire révèle la démesure d’une popularité jamais atteinte par aucun autre groupe.


The Beatles: Eight Days a Week- The Touring Years, de Ron Howard (Etats-Unis, 2016), 2h17

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