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«The Big Bang Theory»: les geeks vont retirer la disquette

Sheldon, Leonard, Penny et les autres entament lundi leur ultime saison aux Etats-Unis. La série s’est imposée comme la plus grande sitcom depuis «Friends» – à laquelle elle doit tout

Au fond, The Big Bang Theory repose sur une fumisterie intellectuelle. La culture de science-fiction genre Star Trek dont se saoulent les personnages, trentenaires, relève en réalité de souvenirs des créateurs de la série, Chuck Lorre, 65 ans, et Bill Prady, 58 ans.

Cela fait maintenant douze ans que ce grossier télescopage de références perdure, et il va faire merveille une dernière fois. Ce lundi 24 septembre aux Etats-Unis, CBS entamera l’ultime saison des aventures de Sheldon, Leonard, Howard, Raj, Penny, Bernadette et Amy. Cette saison arrivera le 1er octobre sur une branche de Canal+.

Une série qui a accompagné le nouveau monde

En douze années, The Big Bang Theory (TBBT) a bâti et fait durer son univers de jeunes scientifiques aussi doués pour les relations sociales ou amoureuses que pour réparer la plomberie, perdus dans leurs recherches, leurs fictions SF et leurs jeux vidéo, courant après les femmes ou les Blu-ray. Cette chronique geek a accueilli Stephen Hawking, Steve Wozniak, Bill Gates – encore la génération des créateurs – ainsi qu’Elon Musk. Elle a malaxé la culture populaire d’hier et d’aujourd’hui, avec des allusions parfois féroces à The Walking Dead ou Game of Thrones.

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Avec ses gags, elle a accompagné la croissance de l’informatique omniprésente et du monde 4.0, la transformation de la société par les petits écrans et les apps. Dans le genre, elle a constitué la plus grande sitcom américaine depuis Friends.

L’omniprésente grande sœur new-yorkaise

Friends, justement. La série de Marta Kauffman et David Crane (1996-2004) avait atteint un degré inégalé d’intensité comique et de talent en matière de dialogues. Dans le secteur, elle avait aussi pratiqué la terre brûlée. Après elle, rien n’a poussé. De 2005 à 2014, la tentative ratée de How I Met Your Mother, médiocre plaisanterie relationnelle, a révélé le vide de l’humour TV tourné en public, une grande tradition américaine. Jusqu’à ce que survienne, en 2007, cet essai plutôt risqué de Chuck Lorre et Bill Prady, rendu possible par le crédit économique du premier, qui avait piloté Mon oncle Charlie.

Ces créateurs et leurs scénaristes n’ont pas cherché à cacher leur dû à Friends. TBBT regorge d’allusions à la grande sœur. Le mariage de Bernadette et Howard a été un pur décalque de celui de Monica et Chandler. A certains moments, Sheldon a été pris comme un enfant, de la même façon que Joey naguère. Les différences d’origines sociales – les plébéiens Joey et Penny, les plus bourgeois Rachel et Leonard – ont affleuré sans être vraiment évoquées. En revanche, face à la très new-yorkaise Friends, TBBT a assumé sa provenance, le creuset californien – l’intrigue se déroule à Pasadena. Penny vient se dégrossir depuis le Nebraska, Sheldon s’est arraché à son Texas natal.

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Des personnages et un cadre originaux

C’est l’originalité des personnages et du contexte qui a surpris et sans doute permis à la série de s’installer. Là où, après la tornade Friends, les auteurs redoublaient d’efforts dans la banalité de leurs créatures, censées faire miroir, Chuck Lorre et Bill Prady ont fabriqué leur monde avec un personnage central asocial (Sheldon) et des héros attablés à leur cantine du California Institute of Technology. Avec cette localisation originale, le CalTech, les gens de Los Angeles ont semblé se faire des frissons d’exotisme. Dans la vraie vie, la série est tournée sur le plateau 25 de Warner, à Burbank au nord d'Hollywood, non loin du canapé du Central Perk. Au fil des saisons, la part de bizarrerie scientifique des protagonistes a décru au profit des intrigues sentimentales; mais le feuilleton a gardé ce trait de caractère particulier.

Une question de gros sous, là aussi

L’histoire de TBBT a aussi été une affaire d’argent. Comme Friends. La comédie des années 1990 avait dépassé tous les records en atteignant, dans les derniers moments, des cachets de 1 million de dollars par acteur et par épisode. L’histoire se répète: de 60 000 dollars, le trio central de TBBT (Sheldon, Leonard et Penny) est passé à 1 million, avant de baisser à 900 000 pour les saisons 11 et 12. Le site Vulture a calculé que ces comédiens ont gagné quelque 140 millions au final – estimation prudente, qui ne tient pas compte d’intéressements sur les produits dérivés, dont profite en particulier Jim Parsons (Sheldon).

The Big Bang Theory s’achèvera en mai prochain, au terme de 279 épisodes, 43 de plus que Friends. Qui prendra la relève? Ces temps, l’humour fonctionne plutôt par niches, à l’image des séries des réseaux Netflix ou Amazon. La place de la grande sitcom reste à prendre. Ou alors, après la terre brûlée de New York, viendra le trou noir du CalTech.


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