rock

The Black Keys, luisance de la rouille

Le septième album du duo précipite son instinct rock dans une potion commerciale

Genre: rock
Qui ? The Black Keys
Titre: El Camino
Chez qui ? (Nonesuch/Warner)

C’est fait, Dan Auerbach et ­Patrick Carney ont jeté aux orties leur première balle de match. L’occasion était royale: débarrassé des encombrants White Stripes – duo auto-dissous il y a quelques mois et dont la redoutable efficacité tubesque a fait de l’ombre aux coreligionnaires –, la paire des Black Keys aurait pu s’emparer avec aisance du titre laissé vacant depuis. Ils auraient pu se hisser parmi ces figures qui ont prolongé les fortunes du blues-rock lascif et conquérant, aisé mais râpeux. Il n’en sera rien.

Le septième album de ces amoureux de Nashville ne résiste que très faiblement à l’écoute réitérée. Il conquiert certes les pavillons, avec une immédiateté qui laisse par ailleurs ébahi, mais se dissout progressivement, à chaque passage, victime de choix de facilité tout aussi déroutants. The Black Keys, il faut s’en souvenir, a fait montre pendant très longtemps d’une intransigeance ­certaine dans le traitement de ses productions. Son approche confinait à de la maltraitance, à vrai dire: des guitares rouillées, des sons volontairement salis par des consoles d’un autre temps, des mélodies qui laissaient des traces de griffures profondes. Aujourd’hui, cette panoplie d’armes, qui a fait notamment la fortune du très grand Brothers (2010), s’émousse et perd de son tranchant. Victime d’une production sophistiquée (le fidèle Danger Mouse) et de compositions qui versent dans le racolage («Sister», «Stop Stop»…), El Camino est un album aussi agréable que délesté de toute ambition de génie.

Publicité