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«The Boys»: sauvez-nous des super-héros!

Amazon Prime dévoile une énième série sur les propriétaires de capes et de superpouvoirs. Sauf que, cette fois, les justiciers sont des célébrités dangereuses et sans morale qui valent des milliards. Un groupe de révoltés saura-t-il les arrêter?

Décidément, on les aura vus sous toutes leurs coutures: vaillants, sombres, détestables, solitaires ou en mafia, en jeans ou en cape. Les super-héros sont des sources d’inspiration télévisuelle infinies. Cet été, ils reviennent d’ailleurs parader sur les écrans et se dévoilent sous un tout nouveau jour… disons pas des plus flatteurs.

The Boys, série d’Amazon Prime dévoilée vendredi dernier, basée sur le comic book du même nom et signée du scénariste Garth Ennis, imagine un monde où les justiciers en costume vivraient parmi nous, façon Watchmen. Sauf qu’aux Etats-Unis ces hommes et femmes, touchés à la naissance par la grâce divine, bénéficient d’un statut de célébrité nationale. Ils s’affichent en une des magazines, sur les plateaux de talk-shows, dans les chambres d’ados et en figurines en plastique. Idolâtrés comme des rock stars, influents comme des politiciens, ils représentent aussi un juteux business. Une société milliardaire du nom de Vought se charge de gérer et de faire fructifier ce capital économique et médiatique, en particulier celui des Sept, crème de la crème des superhéros. Logée dans une gigantesque tour new-yorkaise, cette bande VIP est menée par une icône: le Protecteur, mélange ultime entre Superman et Captain America au brushing parfait, dont les yeux voient à travers les murs ou les explosent grâce à ses rayons laser. Des vedettes à première vue impeccables, jusqu’à ce qu’elles dérapent.

Bouillie sanglante

Devant les caméras, les Sept interceptent des bandits et sauvent des vies – comme de coutume quand on est un superhéros –, mais en backstage, ils se dévergondent et abusent royalement de leurs pouvoirs. Avec de lourds dégâts collatéraux. C’est sur un drame de ce genre que s’ouvre The Boys. Hughie, jeune vendeur en électroménager aussi inoffensif que son prénom le suggère, plaisante avec sa copine sur un trottoir lorsque celle-ci explose littéralement sous ses yeux. C’est A-Train, superhéros le plus rapide du monde et membre des Sept, qui l’a percutée dans sa course folle. Bouillie de sang et d’os volant au ralenti. Après l’horreur, Vought s’empresse d’offrir à Hughie une coquette somme en dédommagement, à condition qu’il garde le silence sur les circonstances de l’«accident». A-Train, lui, affirme publiquement que la demoiselle se tenait malencontreusement au milieu de la route. Tout-puissants, arrogants, les superhéros sont surtout inattaquables.

On l’a dit, Hughie n’est pas du genre combatif. Mais devant cette injustice, sa rage enfle et trouve écho auprès de Billy Butcher, un solide gaillard à l’accent cockney qui, lui aussi, a ses raisons d’avoir les «sup’» dans le collimateur. Accompagnés de deux autres brigands de seconde zone, un immigré français soupe au lait et un agent de détention surnommé «La Crème», les «Boys» partent en quête de vengeance. Et découvriront que l’empire des Sept cache des secrets bien plus sombres encore.

Dérives du star-system

Comme toute production superhéroïque qui se respecte, la série donne à voir. Son créateur, Eric Kripke, qui avait déjà exploré les phénomènes fantastiques dans Supernatural, décline le thème dans une version plus provoc, plus explicite, avec ruelles sombres et décapitations. Mais toujours teintée d’un humour noir jouissif. The Deep, membre des Sept dont le pouvoir se résume à respirer sous l’eau et communiquer avec les poissons, tente de gagner des points auprès du public en exfiltrant un dauphin d’un parc aquatique. L’animal finit brutalement écrasé sur le bitume. On rit jaune aussi en voyant l’équipe de communication de Vought assembler une vidéo niaise intitulée «Les Sept nouent des liens avec les gens.» Montée de toutes pièces.

L’originalité de The Boys n’est pas tant que les superhéros ont un mauvais fond – parti déjà pris par Deadpool, Hancock ou encore The Preacher, signé du même Garth Ennis –, mais plutôt qu’ils incarnent à merveille les dérives du star-system. Une piste que The Boys explore finement à travers le parcours de la jeune et naïve Annie, capable de maîtriser l’électricité. Pour cette toute nouvelle recrue des Sept, le rêve tourne au vinaigre lorsque Starlight – son nouveau blase, qui s’accompagne d’un nouveau costume bien trop échancré pour elle – découvre l’envers du décor.

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Ennemi #MeToo

Malgré sa débauche de superpouvoirs, la série a un goût amer terriblement actuel dans sa manière de dépeindre la corruption au sommet, la tyrannie de l’image, les magouilles politiques jusqu’au harcèlement sexuel, avec The Deep en parfait super-ennemi #MeToo. La crédulité du public, aussi, qui veut croire en ces vendeurs de rêve… mais derrière les paillettes, les pulsions se révèlent bassement humaines. «Je ne sais pas s’ils veulent que tu sois un héros. Je crois qu’ils veulent juste que tu y ressembles», résume Annie. Ne reste qu’une bande de petites canailles pour nous sauver tous.

Une critique bien décochée qui n’empêche jamais la série de rester divertissante, malgré son impressionnante enfilade de personnages. Dommage tout de même qu’elle s’éparpille un peu sur la fin et que le huitième et ultime épisode se termine aussi abruptement, comme un Superman taclé en plein vol. L’empire Vought aurait-il marchandé une deuxième saison?


«The Boys», disponible sur Amazon Prime Video

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