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Saga Norén (Sofia Helin), sur le pont, jusqu’au bout.
© Jens Juncker/BBC/Filmlance International/Nimbus Film

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«The Bridge»: adjö, Saga

La quatrième et ultime saison de la série policière nordique «Bron/Broen» est parue en DVD. Sofia Helin y a incarné Saga Norén, une inspectrice atteinte du syndrome d’Asperger. L’actrice raconte

Durant quatre saisons, on a peu le temps d’apprendre. En suédois, cela se prononce «sauga», avec un «o» rentré. En danois, c’est plutôt «séga». Il y a quelques semaines au festival Séries Mania, l’actrice Sofia Helin, de la série Bron/Broen (The Bridge), s’amusait des clichés ayant cours d’un côté et de l’autre du pont de l’Øresund, entre Copenhague et Malmö: «Les Danois pensent que nous, Suédois, sommes désespérément politiquement corrects et ennuyeux à mourir. Nous les voyons comme des irresponsables qui picolent tout le temps. Cela dit, je ne pense pas que les auteurs de la série avaient cela en tête. Les clichés, ou simplement les caractéristiques des personnages, n’étaient pas vraiment nationaux mais plutôt intimes.»

Le coffret de l’ultime saison de Bron/Broen (Arrows Films, avec sous-titres anglais) est paru il y a peu. Ce quatrième chapitre clôt une puissante aventure policière qui a placé le spectateur aux côtés de Saga Norén, l’inspectrice la plus autiste d’Europe du Nord.

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D’abord, Saga est en prison

Depuis le crime initial, ce corps coupé en deux à l’exacte ligne de la frontière entre le Danemark et la Suède, le personnage a évolué d’une manière étonnante tout en gardant ses fondamentaux, cette permanente peine à se plier aux conventions sociales. La série, elle, a connu un succès qui ne s’arrête pas: après la France et le tunnel sous la Manche, les Etats-Unis avec le Mexique, le concept intéresse des producteurs malaisiens et singapouriens, pour leur pont à eux.

Au début de la quatrième saison, Saga est en prison, accusée d’avoir joué un rôle dans la mort de sa mère. Au Danemark, la directrice de l’Office national des migrations est retrouvée lapidée. Les pistes s’orientent vers un organisme d’extrême gauche qui a condamné des expulsions prononcées par cette instance. On fait appel à Saga, qui, par ailleurs, va devoir faire face à l’événement le plus important de sa vie.

Si vous êtes bon dans votre métier, c’est très bien, mais en dehors du travail, qui êtes-vous? C’est la question centrale de la saison 4

Sofia Helin

L’actrice commente: «La saison 4 s'intéresse au sujet de l’identité. Si vous êtes bon dans votre métier, c’est très bien, mais en dehors du travail, qui êtes-vous? C’est la question centrale de cette saison. Saga peut supporter ses collègues tant qu’ils ne la trahissent pas ou ne la laissent pas tomber. Elle peut entendre la colère des gens à son égard, mais elle ne la comprend pas, et cela la place dans un état d’insécurité. C’est un peu comme si elle était aveugle.»

Sofia Helin possède toute la douceur et la décontraction que Saga n’a pas. Elle a connu le succès très vite, vers 25 ans, avec un rôle dans Rederiet, un soap suédois «qui ressemblait un peu à La croisière s’amuse». Elle a enchaîné les films, sans grand rayonnement international, jusqu’à sa première irruption sur petit écran avec Bron/Broen, en 2011.

Comment le créateur lui a vendu son personnage

Elle se rappelle la manière dont Hans Rosenfeldt lui a présenté le rôle, a priori pas très facile à promouvoir auprès d’une actrice: «Il insistait sur le fait que c’est une policière très bonne dans son métier, mais elle est incapable en matière de compétences sociales. Au début, je redoutais que nous répétions le personnage de Lisbeth Salander de Millénium. Mais j’ai compris que les auteurs avaient d’autres ambitions pour Saga. Il y a eu assez tôt de forts personnages féminins dans les séries nordiques. Ce que Saga a amené, de même que Sarah Lund [la policière de Forbrydelsen (The Killing), qu’incarnait Sofie Gråbøl], ce sont des figures féminines désagréables.»

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Puis il a fallu préciser la fonction de l’héroïne. «J’ai discuté avec un policier. J’essayais d’expliquer en quoi Saga serait très bonne, extrêmement précise, nourrie par les statistiques… Le policier m’a dit que c’est exactement ce qu’il attend de ses collaborateurs, ce serait l’idéal, mais ce serait aussi invivable.»

Pour interpréter Saga, j’ai vite pris conscience qu’il fallait travailler sur sa difficulté à interagir

Au fil des épisodes, d’abord avec le bonhomme Martin (Kim Bodnia) puis le hanté Henrik (Thure Lindhardt), Saga a bien évolué. Confrontés au départ de Kim Bodnia, qui équilibrait le tandem de policiers, les scénaristes ont eu un coup de génie, en façonnant Henrik, à peu près aussi problématique que Saga elle-même.

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d’un acteur

L’actrice raconte: «Pour interpréter Saga, j’ai vite pris conscience qu’il fallait travailler sur sa difficulté à interagir, à établir ces connexions avec les gens. Saga vit une grande solitude. Quand j’ai compris à quel point elle était seule, j’ai su qu’une issue pour elle était de trouver l’amour. C’est peut-être plus important que la résolution des crimes.»

Ce qui, sans rien révéler, est précisément le défi de cette quatrième saison. On se souviendra longtemps de l’enquêtrice à la Porsche caca d’oie, son attachante rigidité, sa détermination de roc. On la laisse sur le pont. Adjö.

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