Ed Simons et Tom Rowlands, vingt ans après. Lorsque les deux Anglais pénètrent lundi soir dans un Auditorium Stravinski loin d’être plein, on ne peut s’empêcher de penser au choc que fut en 1995 leur premier album, Exit Planet Dust. Un disque important parce que devenu un jalon. Pour résumer, disons qu’il avait marqué la fin du clivage entre rockers et amateurs de sonorités synthétiques. On exagère un peu, mais pas tant que ça.

Quelques groupes avaient bien tenté de fusionner musiques pop et house, on pense à Primal Scream et à son fondateur Scream­adleica de 1991, mais pour le reste, pas grand-chose. Lorsque surgirent Simons et Rowlands, on a véritablement eu l’impression de découvrir quelque chose de nouveau. La techno qu’ils élaborent sous le nom de The Chemical Brothers puisant allégrement dans le rock saturé et la pop psychédélique, les médias britanniques, toujours prompts à vouloir créer des modes, ont inventé le terme de «big beat». Qui fera long feu.

Vingt ans plus tard, les Chemical sont donc toujours là, droits derrière leurs machines. Depuis plusieurs années, ils lancent leur set, avant d’entrer en scène, avec un remix de «Tomorrow Never Knows», un morceau extrait du mythique Revolver des Beatles et qui les résume, dit leur héritage british et leur goût pour des mélodies plaquant sur une ligne rythmique percussive des sonorités psychédéliques. En guise d’attaque, ils sortent ensuite l’artillerie lourde avec «Hey Boy Hey Girl», imparable hymne estampillé 1999. Un bon moyen de rassurer le public avant de lui offrir deux extraits d’un nouvel album, le huitième, à paraître dans dix jours.

Il y a toujours quelque chose de déroutant à aller voir un concert électro. Deux frêles silhouettes derrière des ordinateurs, des lasers et des projections, le dispositif des Chemical est immuable. Même si les deux Anglais sont connus pour véritablement «jouer» leur musique, à l’opposé des pousse-boutons à la David Guetta qui ne font que balancer des sons préenregistrés, difficile de réellement s’enthousiasmer. Lorsqu’en toute fin de concert, «Galvanize», «Music: Response» et le très punk «Block Rockin’ Beats» font trembler le Stravinski après que deux robots géants suspendus aux deux extrémités de la scène se sont brièvement animés, une frustration se fait sentir.

Figures tribales

Malgré le plaisir nostalgique de retrouver des titres comme «Setting Sun », «Star Guitar» ou «Saturate» , le sentiment que la flamme n’y est plus l’emporte. On en veut pour preuve un public finalement relativement sage, les bras en l’air de temps à autre mais pour la plupart du temps pépère face aux appliqués Anglais. Sur les écrans défilent des silhouettes digitales, quelques visages et des modélisations 3D rappelant les débuts des technologies numériques. Lorsque le duo convoque des figures tribales ou des vitraux religieux, on est happé, mais l’hypnose est de courte durée. Simons et Rowlands saluent le public et se congratulent avant qu’un message ne rende hommage à leur ancien tour manager, décédé la veille. Emotion, mais constat implacable: la musique électro vieillit plus vite que d’autres, des sons qui semblaient hier futuristes sont aujourd’hui passéistes.