Série TV

«The Clue», une série meurtre et mystère 100% romande

Une équipe de jeunes acteurs a imaginé un huis clos télévisé, à mi-chemin entre la partie de Cluedo et le roman d’Agatha Christie. Un crowdfunding a été lancé ce mois pour financer cet ambitieux projet

Un train file dans la nuit noire. A bord de ce wagon feutré aux allures d’Orient-Express, ils sont sept. Sept inconnus qui, à cause d’une tempête, doivent quitter précipitamment la rame et infiltrer un manoir abandonné. Le contretemps pourrait être plutôt pittoresque sauf que, très vite, l’un des voyageurs tombe de sa chaise. Raide morte après avoir vidé son verre.

Qui est le coupable? Hercule Poirot aurait adoré mener l’enquête. En l’occurrence, il s’agit du cœur de The Clue, projet de série 100% romande imaginé par une équipe de jeunes passionnés. On a pu en découvrir les premières images, léchées, dans une bande-annonce partagée sur les réseaux sociaux au début du mois. Un mini-pilote en réalité, doublé d’une campagne de crowdfunding pour donner envie, car quelque 50 000 francs doivent être réunis avant de pouvoir mettre le projet sur les rails.

Comme au Cluedo

La locomotive de cette ambitieuse entreprise? Noam Yaron, un acteur autodidacte de 22 ans et youtubeur à ses heures. C’est au début de 2018, alors que ce Morgien rentre tout juste de Los Angeles où il a suivi une formation d’«acting» au sein des studios Universal, que l’idée de créer une série suisse germe dans son esprit. «J’ai réalisé que je n’avais jamais eu l’opportunité de faire de cinéma ici. Ce sont pourtant les productions RTS qui, depuis tout jeune, m’ont inspiré», explique-t-il.

Attablé au Starbucks avec une amie, l’actrice Elisa Liengme, Noam Yaron commence à esquisser les contours de The Clue: un huis clos en huit épisodes, avec un crime et des suspects, un peu comme au Cluedo, «ce jeu qui a bercé l’enfance de toute notre génération». Il se dit d’ailleurs influencé par des séries destinées aux jeunes, comme les productions Netflix Riverdale ou Elite. Et il aspire aussi à les égaler en termes de qualité et de glamour.

Manoir montheysan

Mais jusqu’ici, l’expérience de Noam Yaron se limite aux vidéos humoristiques et spots publicitaires pour des marques – il est actuellement l’un des visages de Fanta. Le showrunner en herbe contacte donc la boîte de production lausannoise Altamont, dont l’un des cofondateurs, le réalisateur Stéphane Kharraji, mord vite à l’hameçon. «Parce que le concept du huis clos rendait le projet jouable, et parce qu’il permet de nombreux revirements de situation et un travail des personnages en profondeur. L’idée est de mêler plusieurs registres, du drame au policier avec des moments plus légers.»

Après la phase de casting, qui voit deux diplômées de la Manufacture et un influenceur rejoindre les rangs de The Clue, place au tournage du pilote. Le lieu du crime? Un manoir sur les hauts de Monthey, mis à disposition gratuitement, tout comme le train Belle Epoque du réseau montreusien, délicieusement cinématographique. Un week-end et deux mois de post-production au total, avec un gros travail sur les effets spéciaux, qui seront abattus bénévolement.

Derrière la caméra

Le pari est risqué, mais Noam compte sur le soutien des internautes. En contrepartie de leurs dons, ils pourront s’inviter au cœur de la fiction: choisir le nom d’un personnage, intégrer un objet de leur choix au décor ou même interpréter un second rôle. «La série est communautaire et interactive, souligne-t-il. Nous allons aussi partager avec eux le making of, leur montrer les fonds verts, les faux éclairs, les sessions d’écriture et les essayages… bref, leur faire vivre l’aventure d’étape en étape. C’est assez rare qu’une série communique sur sa conception!»

La Suisse est pleine de jeunes talents, et l’audace n’a pas d’âge: The Clue trépigne de le montrer. Mais aussi de démontrer qu'il est possible de court-circuiter un processus de production souvent lourd, voire impénétrable. «Ici, on n’a pas la chance de rencontrer un producteur dans un café comme à L.A. qui nous proposerait 3 millions pour nous lancer, lâche Stéphane Kharraji. Je me suis beaucoup heurté à la lenteur du système, qui conformise et parfois écrase. Avec cette série, on amorce un changement.»

Si les 50 000 francs sont rassemblés d’ici au 4 avril, l’écriture du scénario pourra débuter, avec un tournage prévu en été. De son côté, Noam Yaron sera chargé de convaincre de nouveaux sponsors et d’obtenir le feu vert d’un diffuseur. Idéalement, une chaîne de télévision suisse romande, pour toucher le plus grand nombre, espère-t-il. «Avec un succès local qui dépasse les frontières, comme celui de La casa de papel. Rien que d’y penser, ça me fait vibrer!»

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