Il faut plonger dans les débuts de The Comey Rule, marquée, en raison de son thème, par la complexité des institutions américaines. Car cela se déroule à la fois dans le champ politique, le système judiciaire et des agences de sécurité nationales. La mini-série, que propose Canal+ depuis quelques jours, adapte le livre de son protagoniste principal, James Comey, directeur du FBI de septembre 2013 à mai 2017. Le feuilleton de la chaîne Showtime adopte donc sans distance son point de vue, le propos est clair sur ce point.

Républicain, James Comey est pourtant nommé à la tête de l’agence policière fédérale par Barack Obama. En 2015, alors que des révélations dans la presse et par WikiLeaks sont sorties, ses services s’emparent du problème qu’a posé Hillary Clinton alors qu’elle était secrétaire d’Etat (ministre des Affaires étrangères), jusqu’en 2013. Celle-ci a géré ses mails par le biais d'une messagerie privée, ce qui est prohibé pour ce genre de poste.

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Porter l’indépendance du FBI

En juillet 2016, James Comey fait un choix original et risqué: présenter lui-même, sans collaboration avec le Département de la justice, les conclusions de son enquête. Elles sont accablantes pour la candidate démocrate, mais sans que des éléments de nature à ouvrir une procédure aient été repérés. En parallèle, l’hypothèse d’une intervention de la Russie dans la campagne prend toujours plus d’épaisseur.

En octobre, à quelques semaines de l’élection présidentielle, une nouvelle donne apparaît. Des centaines de milliers de courriels sont retrouvés sur un ordinateur portable. Faut-il communiquer au Congrès – c’est-à-dire au public, il y a aura forcément des fuites – que l’enquête est rouverte, quitte à pénaliser la fin de campagne d’Hillary Clinton? Ce dilemme donne lieu à l’un des moments forts de la mini-série, au deuxième épisode: James Comey face à son équipe, dont certains membres refusent la transmission pour ne pas brouiller l’élection, puis sa famille, où sa femme et ses cinq filles soutiennent la première candidate de l’histoire.

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Un homme qui ne cesse d’encaisser

Actif plutôt au cinéma (Volcano, State of Play, The Hunger Games), Billy Ray écrit la mini-série avec brio, parvenant à lier le lourd cadre des instances washingtoniennes et les déchirures politiques, humaines. The Comey Rule apparaît d’abord comme la tragique histoire d’un homme qui, par profonde conviction envers son institution et sa mission, n’a cessé d’avaler des couleuvres. Le titre original de ses mémoires est A Higher Loyalty, et c’est bien ce dont il s’agit: la loyauté à l’égard du FBI, puis celle, bien différente, qu’exige de lui le nouveau président. James Comey se fait haïr par la moitié démocrate du pays avant d’être broyé par la mécanique trumpienne – qu’il a qualifiée de «mafieuse» dans son livre. Les épisodes illustrent bien l’arrivée scabreuse de ce nouvel état d’esprit à la Maison-Blanche.

Un festival d’actrices et acteurs

The Comey Rule repose enfin sur une puissante galerie d’actrices et acteurs qui prennent le risque d’incarner des personnages réels, et qui y apportent leur expérience. Jeff Daniels d’abord, royal comme toujours, dans un rôle plus douloureux qu’à l’époque de The Newsroom ou de The Looming Tower. Holly Hunter, parfaite en adjointe de la ministre de la Justice, ou Oona Chaplin en opiniâtre avocate du FBI. Aussi, Michael Kelly (Person of Interest, House of Cards) et même le briscard Jonathan Banks (Breaking Bad puis Better Call Saul) en chef du renseignement.

Pour porter le costume de Donald Trump, c’est Brendan Gleeson (Bons Baisers de Bruges, Mr. Mercedes) qui s’y colle. L’effort est honnête, tant il semble difficile d’incarner le houspilleur à la frange. L’acteur y parvient fort bien pour la diction cul-de-poule et ras les gencives du président sortant.


«The Comey Rule». Mini-série en quatre épisodes. Sur Canal+.


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