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© Ignition Records

Musique

The Coral, sucrerie estivale

Neuvième album pour le quintette de Hoylake, dans la grande banlieue de Liverpool. Un virage pop plutôt inattendu pour une nouvelle merveille

Noel Gallagher, la «conscience pop» de Manchester, qui s’est toujours arrogé le droit du jugement définitif sur ses collègues, dit parfois ne pas aimer grand-chose de ce qui vient de Liverpool. Une mauvaise foi totalement assumée, rivalité régionale oblige. Et pourtant, il n’a pas hésité à les couronner voilà quelques années: «Ils jouent dans une autre cour, des kilomètres au-dessus de tout le monde.» The Coral, groupe formé en 1996 et qui a lancé sa discographie en 2002, est effectivement une légende. A une échelle relativement confidentielle, certes, on y reviendra plus tard. Mais chacun de leurs nouveaux albums provoque toujours une grande excitation: on sait que ce sera excellent, sans jamais pouvoir anticiper la nature de leur production.

L’histoire récente de The Coral nous éclaire sur l’étendue de la palette des Anglais. En 2010 sortait Butterfly House, peut-être ce qu’ils ont fait de plus parfait, de plus émouvant aussi, pour un autre hommage en provenance de Manchester: «C’est un chef-d’œuvre absolu, sans doute ce que j’ai entendu de plus beau depuis le premier album des Stone Roses. Ça m’a donné envie d’arrêter l’acide, c’est dire. Le troisième Summer of Love est en route», jurait alors Mani, le bassiste desdits Stone Roses. En 2014, c’est l’ultra-mélancolique The Curse of Love qui s’échappait du placard dans lequel il était enfermé depuis le mitan des années 2000, on se demande bien pourquoi. Puis arrivait Distance Inbetween en 2016, conçu dans un univers opposé, au moteur survitaminé par l’écoute excessive de Black Sabbath, Hawkind et autres musiques hypnotiques. Et voici qu’arrive, en ce mois d’août 2018, Move Through The Dawn.

Tube en puissance

Le chanteur James Skelly cite des groupes à la volée pour définir ce qui l’a inspiré, tels Abba, Mink Deville et tout ce qui sortait du cerveau fou du producteur Phil Spector. «Je pourrais en citer des dizaines, glisse-t-il, mais ça risquerait de vous ennuyer. Ç’aurait été facile de faire la suite de Distance Inbetween, qui avait été bien accueilli. Mais on a eu la révélation, une fois en studio, qu’il nous fallait partir dans la direction opposée: des chansons de trois minutes, très pop, sur lesquelles on a viré tout le superflu et les solos.»

A lire: Liverpool, pop city

De fait, six de ces onze nouvelles chansons ne passent pas la barre des trois minutes. Et The Coral a cette fois choisi la voie de la variété; celle, immortelle, qui réchauffe le cœur à chaque écoute, qui traverse les époques parce que les compositions et la production sont intemporelles. Cela démarre avec Eyes Like Pearls, mignardise semblant issue d’un show télé des années 1970 avec les Carpenters en invités principaux. On se prend par la main, on a envie de croire à l’amour éternel et aux lendemains qui chantent. Puis le groupe enchaîne avec Reaching Out For a Friend, un retour dix ans en arrière, ou dix jours, on ne sait plus vraiment. Les synthés répétitifs et les chœurs façon Beach Boys en font un tube planétaire en puissance. Mais quelle idée de publier tout ça un 10 août, quand la moitié du monde occidental est en vacances… Un suicide commercial? De toute façon, les Liverpuldiens ne rempliront jamais les stades, c’est acquis. «J’ai cru au début que je pouvais changer les règles du jeu, mais j’avais tort et j’ai fini par admettre que je ne serai jamais le meilleur. Je prends les choses moins sérieusement qu’avant», reconnaît James Skelly.

Cet album est parfait pour la légèreté, l’oubli et même la canicule: il ne pouvait sortir qu’en été. Avec un troisième morceau, Sweet Release, encore plus énergisant que les deux précédents. L’ensemble du disque sonne The Coral à l’arrivée, comme d’habitude, et on ne trouve pas une seule compo à mettre de côté, comme d’habitude. «On a toujours voulu créer nos propres univers. Celui-là est gorgé de soleil, moins sombre que les précédents. On a voulu faire le disque qu’on aurait aimé voir les Beach Boys sortir dans les années 1980», se marre James Skelly. Plus sérieux, le clavier Nick Power affirme: «Si vous êtes fan de The Coral, je suis sûr que vous ne voulez pas écouter le même disque à chaque sortie. Et si tu n’évolues pas en tant que musicien, ça veut peut-être dire que tu n’es pas si bon que ça.»

Virage esquivé

Vingt-deux ans de carrière et les choses semblent a priori réglées: le groupe restera adulé par sa base et un peu ignoré par le reste du monde. Un hasard? Certainement pas. La bande, originaire de Hoylake, n’était probablement pas prête à encaisser la frénésie, surtout à ses débuts. «J’étais trop jeune et pas assez confiant. Alors devenir le porte-parole d’une génération? Je n’ai jamais voulu l’être pour qui que ce soit. J’ai toujours été très critique envers moi-même. Je ne suis jamais allé à l’université, je ne suis pas vraiment érudit, et quand tu es trop mis en avant, tu peux dire des choses vraiment stupides. Et en même temps, on voulait devenir le plus grand groupe du monde au tout début. Alors qu’aujourd’hui on vivrait ça comme le pire cauchemar imaginable», affirme James Skelly. Le virage n’a pas été loupé, plutôt esquivé: ces gars-là étaient trop simples pour devenir Oasis.

Mais les Britanniques sont si forts qu’on a l’impression qu’ils pourraient pondre des mélodies à la demande. Si forts que même leur batteur, Ian Skelly, frère de James, sort de grands disques en solo, comme Cut From A Star en 2012, ou d’autres délires psychédéliques sous le nom de Serpent Power. Pour qui ne connaît pas encore The Coral, et ne saurait pas comment attaquer leur discographie, on conseillera son versant le plus accessible: la compilation Singles Collection, sortie en 2008. Un concentré hyperpuissant, que Nick Power définit ainsi: «Nos tubes ont toujours été plus célèbres que nous, il y en a au moins trois qui sont rentrés dans la culture populaire. La plupart des autres groupes, c’est l’inverse: ce sont eux qui ont gardé la notoriété, et pas leurs morceaux. Alors je préfère être à notre place qu’à la leur.»


The Coral, «Move Through The Dawn» (Ignition Records).

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